Comment nos aïeuls étaient t-ils traités par le système judiciaire à travers le temps?

Le pont du corbeau
Voilà une question qui ne manque pas de taquiner les généalogistes à un moment ou un autre et qui nous oriente vers des peines et sentences, plus ou moins méconnues. Ainsi en est-il de la Schupfe, dont le nom évoque l’action de pousser et qui est un supplice mentionné dans les anciens statuts de Strasbourg. Il se pratiquait sur ce qui est actuellement le pont du corbeau.
Dans ces eaux se déchargeait l’Ulmergraben , un fossé qui servait à collecter les déchets purulents de l’hôpital ainsi que les matières fécales, les ordures etc… Ces mêmes eaux charriaient également les déchets carnés du quartier des bouchers et il était fréquent d’y voir flotter quelques carcasses. C’est là, qu’était dressé au-dessus de ce cloaque, une longue planche basculante, assez large, destinée à l’exécution de cette sentence qui consistait pour le bourreau à jeter à l’eau, un condamné ligoté dans un sac cousu solidement aux deux extrémités.
On peut facilement s’imaginer que les odeurs qui se dégageaient en ce lieu étaient les plus nauséabondes de la ville et allaient en s’amplifiant jusqu’à devenir totalement insoutenables au plus fort de l’été!
Les statuts de la ville prévoyaient par exemple: ”Celui qui mesurera le vin avec de fausses mesures sera puni du supplice de la schupfe et le propriétaire du vin paiera une livre.”
La plus ancienne mention de ce supplice date de 1411 mais, il est vraisemblablement bien plus vieux. Dans un texte est lâché le mot “Schinderbrücke” pour l’année 1308, que l’on pourrait traduire par “pont aux supplices” (sujet à controverses chez les historiens car, ce nom pourrait également trouver son origine dans sa proximité immédiate avec les abattoirs) et qui est une des précédentes appellations de ce pont du corbeau ayant une architecture initiale en bois.
Cet horrible châtiment fut par la suite modernisé en 1477 et mécanisé avec la venue du Schandkorb (Panier de la honte) conçu en osier.
L’engin était placé sur la berge non loin du pont à un endroit plus approprié.
En 1569, le panier est totalement délaissé au profit d’une cage en bois, puis en fer .
Parmi les avantages de ces nouveaux systèmes, il est certain que cela permettait au bourreau de se mettre à l’abri de projections infectieuses particulièrement dangereuses et avec l’adoucissement des peines permettait également tout un éventail varié de sentences nouvelles. Une peine orchestrée tel un spectacle et qui attirait une foule de curieux qui se rassemblaient devant la mise en place de l’appareil, une sorte de potence avec un système de poulies ou passait une solide corde fixée sur la cage. Dans cette petite cage se tenait tout recroquevillé, le ou la condamnée.
Avec l’assouplissement des lois, les infractions mineures étaient sanctionnées que par une exposition humiliante au-dessus de cette puanteur. Dans tous les cas, quand le temps d’exposition prévu par la peine était effectué, le détenu était contraint de se jeter dans ce “Cloaca Maxima” avant de pouvoir rejoindre la berge. Dans l’alternative où le condamné ne savait pas nager, plusieurs personnes postées à des endroits précis, étaient chargées de tendre de longues perches afin de lui permettre de rejoindre la rive.
Dans les autres cas, le bourreau avait la consigne de faire avaler, plus ou moins, ces eaux usées, en plongeant dans l’eau le panier à des rythmes différents suivant la peine prononcée.
Les magistrats de la ville ayant une place de choix devant ce “spectacle” décidaient de la durée et faisaient signe au bourreau pour arrêter mais certaines sentences pouvaient inclure le décès du supplicié.
Cette terrible condamnation au “SchandKorp” a été totalement supprimée en 1585.
Sources et sites évoquant le sujet:
- Histoire d’Alsace , Walter Strobel
- Revue d’Alsace, 2ème série, tome 1 -1836
- Le Magasin pittoresque (périodique)-1862
- Le Pêle-mêle, N°59 -1925
- Les grandes affaires criminelles d’Alsace, Laurent Lallemand -2005