Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Xavier BIHLER & Caroline BARXELL

*** Ascendance de Alphonse BIHLER***

C’est un souvenir que me racontait ma grand-mère, tout en feuilletant un vieil album de photos alors que je n’étais encore qu’un petit garçon. BIHLER Xavier naît dans la vallée de la Fecht à Turckheim dans une famille aisée de viticulteurs passionnés. L’Alsace est Française nous sommes dans la période de la Seconde Restauration sous Louis XVIII, le 8 décembre 1819. Son père se prénomme Philippe et sa maman Anne-Marie avait grandie en portant fièrement le patronyme Fels qui était en fait « Von » Fels mais en ces temps là , la particule n’était pas toujours la bienvenue.

Les habitants de cette commune sont surnommés « Lochschlupfer » un nom qui renvoie à l’image de personnes se faufilant dans un trou et qui rappelle épineusement un épisode peu glorieux de l’histoire locale où le 5 janvier 1675, lors de la bataille de Turckheim les habitants s’échappèrent par un trou dans le mur d’enceinte de la ville.  Un autre surnom qui leur est donné n’est pas beaucoup plus élogieux : « Pàpagaïer » (Les perroquets)…

D’r Ferala comme ses parents l’appelait dans notre dialecte, était le cinquième enfant d’une fratrie de dix.

C’est une famille de vignerons et les crus de ce lieu sont alors réputés comme les meilleurs de la contrée. Un vieux dicton et un poème nous rappelle  en évoquant Turckheim:  « Arrête-toi et bois !»

Il apprend avec son père les nombreuses facettes du métier de viticulteur et se spécialise dans la confection des fûts en bois ou il se distingue fortement par la qualité de son travail qui lui a valu, par ailleurs, une notoriété post-mortem. En effet, assembler le bois afin de concevoir un tonneau étanche demande une extrême précision, un savoir faire ancestral. Les tonneaux étaient avant tout destinés à usage personnel, mais les Bihler étaient très souvent sollicités pour en fabriquer ou à en réparer pour les habitants du village ou des villages alentours quand d’autres tonneliers ne pouvaient honorer des commandes. Xavier taillait également les sabots et là aussi aussi sa renommée grandissait. Il aime travailler le bois sous différentes approches. Il le cintre, sculpte, il le tourne… Lorsqu’il fait une belle pièce, le bonheur qu’il en tire lui offre son véritable salaire.

D’r Ferala s’éprend de Catherine la fille du vigneron Jakob Barxell et de Catharina Bihler une lointaine cousine , pas assez lointaine pour l’opinion publique. Ils se fréquentent assidûment. Leur amour ne passe pas inaperçu et les villageois se mettent à Jaser. C’est honteux, c’est immoral, incestueux, reçoivent-ils sur leur passage. A la messe comme ailleurs, les regards deviennent difficiles à supporter.

Pendant que les enfants, depuis des années aident au travail de la vigne, la maman tient une auberge qui assure un bon nombre de couverts dans la «Hirschgass»  donc précisément, là ou se trouve actuellement le restaurant « de la Tour ». C’est le restaurant familial qu’elle à héritée de son défunt papa et qui a été enregistré au nom de son mari.  Avant de mourir, on a pu lui présenter son petit-fils et il s’est éteint, très précisément  1 mois et 26 jours plus tard à l’age de 87 ans et demi. Bernard Von Fels était veuf depuis déjà quinze ans.

Bihler est une famille dont le patronyme est connu, le papa de Philippe était déjà conseillé municipal à l’époque du mariage de ce dernier et dont son oncle était l’adjoint au Maire. La famille vit confortablement, les revenus sont réguliers et leur patronyme connu commence à se ternir. Cette Idylle assombrit les rapports mais ces deux s’aiment, c’est évident, ils n’en feront qu’à leur tête !

Les parents ne peuvent cautionner ce mariage surtout le père à Xavier , « D’r Philipii  appelé aussi D’r Lippel» qui ne veut absolument pas entendre parler de cette union !

Mais en 1845, le 10 avril, le papa meurt à seulement 56 ans.., funérailles , deuil, les amoureux sont prit en main par le papa de Catherine pendant que les obsèques et les dernières démarches sont organisés et effectuées par son frère aîné se prénommant également  Philippe.

Finalement, le mariage est organisé dans la foulée, les bans sont publiés les dimanche 22 et 29 juin. Ils se présentent à la mairie de Turckheim, le deux juillet. Xavier âgé de 25 ans, tonnelier de son état, prend pour légitime épouse Catherine Barxell, du même âge mais leur amour est impossible à Turckheim.., qu’à cela ne tienne, il n’ont qu’à s’établir ailleurs !

C’est à Mulhouse où d’r Yockel (Jakob Barxell)  a depuis longtemps, de bons contacts commerciaux qu’ils emménagent. Xavier grâce à son beau père y a trouvé une place de tonnelier mais il  ne s’y plaît pas. Au bout de seulement une année, c’est finalement Lutterbach une bourgade d’environ 500 habitants qui est choisie comme lieu ou le couple peut se fixer définitivement.

Les parents de Catherine veulent le bonheur de leur fille. Ils n’ont aucune envie de continuer à subir la critique d’une population sédentaire qui ne sera jamais favorable à ceux qui viennent d’ailleurs (Jacob n’était pas natif de Turckheim et sa fille était considérée comme responsable de l’aveuglement de Xavier). Ils prennent donc la décision de vendre une partie de leurs possessions pour s’établir à Lutterbach¹ .

D’r Ferala  devient un « Pflüttamàcher  (Un faiseur de quenelles) » car c’est ainsi que l’on surnommait les villageois dans ce nouveau lieu. Si on cherche à avoir une idée précise de l’image qu’évoque ce sobriquet, il nous suffit de visualiser le geste de fariner des quenelles  !

Cela se passe de commentaires…

Mais c’est aussi tout le village qui a hérité d’un autre surnom culinaire , celui de « Pflüttakessel (Chaudron à quenelles) » en raison, dit-on de certaines sources, de la forme du clocher. Pour d’autres c’est un hommage au sex-appeal de sa gente féminine mais on avance également que c’est à cause d’embrouilles violentes qui peuvent se développer au contact de la population. C’est cette dernière explication que ma grand-mère justifiait par une réputation d’arnaqueurs dont-elle pensait que l’accusation était quelque peu exagérée .

Quoi qu’il en soit, il reste tout de même une petite chansonnette qui a traversée le temps et qui était bien connue par toutes les communes alentours. Malheureusement, comme c’est souvent le cas avec la prose imagée de notre région, elle est bien moins drôle dès le moment ou l’on la traduit car les jeux de mots faits à partir d’un double sens perdent en saveur comme en efficacité:

S’Annela vo Lütterbach

Het de Büewe Pflütta Gmàcht

Ohna Melh un ohna Teig

Het de Büewe d’Büpple Zeigt !

La petite Anne de Lutterbach

A fait des quenelles aux garçons

Sans farine et sans pâte

Elle a montré ses seins aux garçons !

La petite brasserie artisanale à des besoins grandissants de tonneaux, la bière de Lutterbach est victime de son succès.  Son emploi est tout trouvé, il fournira des tonneaux.

De leur union naît une petite fille le 28 décembre 1847, ils la prénomment Marie. Le couple est heureux mais leur bonheur est hélas de courte durée puisque Marie meurt 3 mois plus tard le  29 mars  de l’année suivante. Le 27 avril 1848, arrive dans le village, la nouvelle de la fin de la Royauté. Des élections présidentielles sont organisés et Louis Napoléon est élu sans grande surprise. ., mais tout cela ne console pas le couple. En juin de la même année, l’actualité locale est à la création d’un corps de Sapeurs pompiers d’environ 50 hommes.

Catherine meurt à l’age de 29 ans, l’année suivante, le 23 juin 1849 à 7hoo du matin dans la maison familiale. Quelles en étaient les circonstances ? Un fléau très courant par le passé : Le Choléra !

Une maladie contractée lorsqu’elle était en visite auprès de sa famille. Cela faisait plus de 20 ans que l’on entendait plus parler de cet ennemi invisible et l’été 1849 était l’année de son retour. La maladie avait d’abord éclaté à Paris où, parmi les victimes, elle emporta, le 10 juin, le maréchal Bugeaud.

Le terrible fléau visita à peu près toute l’Alsace; à Strasbourg, il fît près de deux cents décès.

Mais Catherine, par l’intermédiaire de son mari, s’était déclaré trop tard au médecin probablement parce qu’il n’y avait pas d’autres cas dans la commune et qu’il est pénible d’être celle par qui arrive le mal.

Cela avait commencé par des pertes subites de ses forces.., elle ne pouvait plus se tenir debout. Elle avait les yeux très cernés et son visage semblait décomposé. Ses joues étaient bleutées et froides et le corps lui aussi se refroidissait. Puis vint l’angoisse, le désespoir. Elle se lamente puis crie d’une voix rauque de longs moments. L’œsophage est douloureux, comme l’est également l’estomac à quoi se rajoute des crampes musculaires. Tout cela constitue la première phase dans laquelle Xavier et Caroline se relaye à son chevet en essayant des remèdes populaires. C’est dans cette phase que les traitements connus par le corps médical d’alors étaient les plus efficaces. Malheureusement, la maladie bascule très rapidement dans la seconde phase que je ne préfère pas détailler…

Le vieux docteur, dont le nom m’échappe, connaissant ses limites. Il pensait qu’il était bien trop tard mais devant l’insistance de Xavier, il avait essayé de la traiter avec du « CàmpferWasser » (De l’eau de Camphre) qu’il a fallut administrer toutes les 5 minutes à raison d’une petite cuillère. Un traitement très contraignant pour lequel la sœur cadette de Catherine et Xavier se relayèrent pour prodiguer les soins mais rien y fait, son état malgré tout empire jusqu’à l’issue finale.

Il n’y eu pas d’épidémie cette année là à Lutterbach.

A cette époque, l’on sait comment éviter de transmettre la maladie. La sœur cadette de Catherine se prénomme Caroline.

Elle & Xavier ne contracteront pas la terrible maladie d’autant qu’un traitement préventif est consommé. Xavier est effondré ! Toute la famille Barxell également. Caroline était la confidente et la plus fidèle alliée du couple. Elle a tout fait pour faire accepter aux parents l’idée de faire entrer Xavier dans la famille en argumentant sur le visible grand amour qui les liaient. Ils pleurent ensemble la belle Catherine qu’ils aimaient tous deux d’un amour fort et inconditionnel.

Caroline aide Xavier dans les tâches ménagères et à la ferme. Catherine est présente dans toutes les conversations, c’est leur passion commune et leur amour pour Catherine force, un peu plus, la proximité. De consolations en consolations, ils finissent dans les bras l’un de l’autre.

Ils s’unissent solennellement 13 janvier 1851 à la mairie et Caroline est déjà au sixième mois de grossesse.

Leur ferme est sise à l’endroit précis qui est de nos jours le 1, rue Saint-Jean à l’emplacement ou se trouve maintenant la caserne des pompiers (Il faut dire qu’a la guerre de 1939-45, la commune de Lutterbach a été détruite à 95%. Le feu des bombardements avait créé des éboulis qui masquaient entièrement les rues et qui rendaient alors totalement méconnaissable le village) .

Les Bihler sont des exploitants agricoles respectés mais qui néanmoins ne font pas partie des familles les plus influentes de la ville. Le couple est apprécié pour sa gentillesse et sa disponibilité malgré ce remariage qui prête aux ragots de toutes sortes.

C’est le 23 avril 1851 que naît enfin une petite fille qui hérite du prénom de sa maman. L’année d’après, c’est le  13 septembre 1852 qu’une autre petite fille, qui répond au prénom de Marie-Anne, qui vient agrandir le cercle familial.

En 1854, c’est une nouvelle épidémie de Choléra qui s’abat sur le Haut-Rhin, Lutterbach compte ses victimes et le nouveau Docteur de la commune, Monsieur Muller², par conscience professionnelle et par compassion, soigne gratuitement et à fond perdu, les plus défavorisés. Pour Xavier et Caroline, c’est un cruel rappel de moments douloureux ou la perte d’un être cher les font se sentir très proches de toutes ses familles dans la douleur.

La vie continue…

Le 25 juillet 1855 à 12h50, la terre tremble plusieurs fois. C’est une secousse d’une intensité de 5, 5 sur l’échelle de Richter. Le couple apprendra, plus tard par la presse, que l’épicentre de ce séisme se trouvait en Suisse, dans le Valais à Visp avec une intensité de 9 !

Pour la descendance , il fallait un fils et Xavier saute de joie en découvrant que l’enfant né ce 15 octobre  de la même année est enfin un garçon ! Il l’appelle Charles. Enfin il va pouvoir transmettre son savoir et ses passions.

Trois années plus tard, le 15 septembre 1858 c’est le tour à Isidore d’être le centre d’intérêt de la famille. le 21 février 1860, à nouveau c’est les pleurs d’une fille qui raisonnent dans la maison car la petite Marie n’est assurément pas née muette !

Jules entre dans la famille le 16 septembre 1861. Le 24 juillet 1863 naît un petit garçon que l’on prénomme Joseph et mon arrière grand-père Alphonse , le dernier enfant du couple vient , par sa venue le 24 avril 1868, clore ces envies de grossesses.

La brasserie artisanale de Lutterbach devient une production industrielle, il resta encore un peu à son service.

Xavier et Caroline ont travaillés dur toute leur vie. Ils n’étaient pas très riches, la vie ne les a pas épargnés, mais la mémoire familiale rapporte que pour chaque fille mariée un trousseau conséquent était constitué par Caroline et pour chaque garçon, le mobilier offert en cadeau, était fabriqué des propres mains de Xavier, qui prévoyant, savait gérer ses stocks de bois.

Le travail du bois était son oxygène, un plaisir dont-il voulait faire profiter ses proches dont la plupart étaient chaussés en sabots travaillés de ses mains.

Il y a de très grands tournants dans une existence, le 18 mai 1890 en est un.

C’est la date précise où s’éteint Caroline, l’épouse et la maman tant aimé sans avoir pu partager la joie de voir s’unir le cadet de la famille avec la jeune Félicité Keller qui lui était alors probablement inconnue. Xavier signe l’acte de décès, il est effondré.

Il n’a plus envie de rester dans cette commune ou ses sentiments sont malmenés par tant de souvenirs. Il échange (me semble t-il) sa propriété avec celle de Jehl fortuné (Prénom francisé puisque son prénom était quelque chose comme «  Sigmund » ) connu on ne sait quand, ni comment mais dont certains parlaient comme d’un ami de régiment.

C’est dans un petit village du bas-Rhin au patrimoine pauvre dans l’arrondissement de Sélestat que Xavier s’établit avec l’aide de ses enfants . Mackenheim est une agglomération qui compte environ 800 habitants et accueille depuis 5 ans une des stations de la ligne de tramways Marckolsheim-Strasbourg.

Une curiosité ne peut que l’intriguer : La localité a un blasonnement assez étrange pour l’Alsace il est d’or et comporte un palmier bordé de deux fleurs de Lys. L’étonnement passé, Il y déménage son atelier dans un bâtiment indépendant de son habitation. Il avait commencé depuis quelques temps à fabriquer de ses mains, une chambre à coucher complète et volumineuse, avec de nombreuses complexités techniques et des tiroirs secrets tout en se diversifiant sur le mobilier de la salle à manger. Il comptait bien pouvoir finir tout cela pour le futur mariage d’Alphonse . Il finira bien, lui aussi à trouver chaussure à son pied !

Malheureusement, il finit par rejoindre sa Caroline, dans l’au delà, le 3 novembre 1890 dans sa nouvelle commune ou il s’éteint sans avoir pu achever, comme il le désirait pourtant, le mobilier d’Alphonse.

Pour la famille et les autorisés, histoire bien plus détaillée de cette famille disponible en suivant ce lien:  http://wp.me/P1OpIl-26 dont la dernière mise-à-jour date du 05.05.2014 alors que ce vous venez de lire date du 28 août 2011. La mise-à jour contient principalement l’ ajout d’enfants intercalés, d’éléments familiaux et historiques, ainsi que des corrections de nature chronologiques.

_______

1.   Souvenir familial à vérifier car Mulhouse aurait été la destination la plus logique.

2.  Là j’ai un problème, car  le nom "Muller" est effectivement cité comme médecin à Lutterbach mais dans l’immédiat, je n’ai pas la confirmation que l’anecdote  se rattache à lui.  Je ne sais pas si il y a eu un autre médecin pour la même commune mais, ce dont je suis certain, c’est que le nouveau médecin a soigné sur ces fonds propres la population. Je dispose de photos de Müller de Rixheim conservés par la descendance Bihler, existe t-il un lien avec ce docteur?

3.   L’acte de décès de Xavier le mentionne comme habitant la commune de Lutterbach, alors que la mémoire familiale évoque clairement un déménagement et un atelier ou il stockait son bois près de la minoterie/moulin/meunier?  Le décès est-il survenu en cours d’installation? Comment et de quoi est-il décédé?

…Hypothèses ou réelles réponses, je suis preneur! :)

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2 commentaires sur “Xavier BIHLER & Caroline BARXELL

  1. Pierre Lagacé
    14 février 2014

    J’ai tout lu…

  2. Pierre Lagacé
    14 février 2014

    A reblogué ceci sur Nos ancêtreset a ajouté:
    Une belle et triste histoire

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Cette entrée a été publiée le 28 août 2011 par dans Barxell, Bihler, Patronymes, et est taguée , , , , , , , , , , , , , .

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