Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Sütterlinschrift, fraktur & et anciennes écritures

En ayant une ascendance proche  de germanophones, on est presque obligatoirement confronté, lors de nos recherches généalogiques, à cette écriture déroutante pour beaucoup que l’on doit au graphiste originaire de la Forêt Noire: Ludwig Sütterlin (1865-1917).

En 1890, il se retrouve à Berlin, quatre ans plus tard, il commence à être connu pour avoir élaboré l’affiche de l’anniversaire de la création du Berliner Elektrizitätswerke AG. En 1896, sa notoriété grandit et il reçoit le premier prix pour son affiche de l’exposition industrielle de Berlin.

Il travaille plusieurs années comme professeur à l’institut d’instruction du musée royal des beaux-arts de Berlin et organise des cours d’écriture artistique. De la naissent des groupes de travail sous sa direction qui aboutissent à la création de l’écriture qui porte son nom.

En 1903, l’actualité est à la réforme de l’orthographe. Les journaux traitent le sujet régulièrement et un homonyme, le linguiste Ludwig Sutterlin, de deux ans son aîné, commence à être également connu depuis la parution en 1897 de son ouvrage: "Die deutsche Sprache der Gegenwart".

En 1914, le ministre de l’éducation et un comité d’experts trouvent que le fruit de ce travail peut enfin être intégré dans un parcours scolaire  et la méthode d’enseignement Sütterlin avec la nouvelle calligraphie officielle ,  datée par décret le 8 Juillet 1915 à titre provisoire, est ensuite  introduite à l’école prussienne et enfin c’est  l’adoption puisque cette écriture est déclarée obligatoire le  13 Juin 1918  pour l’ensemble de la Prusse  (Thuringe en 1929, Hessen 1930,  Dantzig 1931).

Sur sa nouvelle écriture Ludwig expliquait qu’elle se voulait  fluide, claire et agréable en tenant compte des dernières découvertes de la didactique tout en s’inspirant de la particularité germanique: l’ écriture cursive " fraktur".

En 1941, les  Nazi l’ abandonnent et l’interdisent officiellement au grand profit de l’alphabet actuel, appelé "antiqua"  qui lui était antérieur .

Une des explications, était que le Sütterlin  compliquait la communication avec les peuples occupés, mais une autre raison, plus confidentielle était que l’écriture "Fraktur "dont elle est issue devait sa création à des imprimeurs juifs !

De nos jours ce qui constitue un cauchemar pour de nombreux jeunes généalogistes est de  se retrouver devant un acte rédigé en Sütterlin ou d’une des précédentes variations  issues de l’écriture gothique.

Concrètement, je vous suggère de vous familiariser avec cet alphabet avec le site suetterlinschrift.de ou une excellente application javascript vous permet de saisir des mots ou des noms avec notre alphabet et de voir le résultat en  Sütterlin !

Ci dessous, différentes formes calligraphiques que l’on peut rencontrer lors de nos recherches généalogiques quand on a des ancêtres germanophones…, mais pas forcément!!!

En effet,  le gothique et ses dérivés étaient exploités  dans de nombreuses langues de la chrétienté.

SutGoth

Mieux encore, ce qui peut sembler comme une lettre typiquement allemande, le "scharfes S" (s pointu) aussi appelé "eszett" (ẞ/ß) et remplace, de nos jours  2 "s",  existait également en France.

En étant confronté, la première fois au Sutterlin et en faisant abstraction de la graphie particulière des lettres, ce qui nous étonne le plus, ce sont les trois S:

  1. , utilisé  exclusivement au début d’un mot
  2. , utilisé au milieu
  3. ,  placé obligatoirement en fin de mot .

A cela se rajoute encore deux ligatures:

  1.   le "eszett" déjà évoqué plus haut
  2. le ‘St" .

Cela nous sature en "s" et l’on pourrait être tenté de penser,  là aussi, à une particularité germanique.  Pourtant, dans l’esprit il existait dans notre langue également un s de début et un de fin. L’exemple ci-contre est tiré d’une œuvre de Rabelais et illustre très bien cette utilisation d’un  "s " de début et d’un "s" de fin.  En effet, ce que l’on pourrait hâtivement prendre pour un "f" est en réalité un  s long qui se plaçait soit en début de mot, soit au milieu. Le s rond est celui qui est utilisé exclusivement à la fin d’un mot et est celui que l’on utilise couramment. Quant aux ligatures, ce même texte nous prouve l’utilisation du "St" et il en existaient d’autres. De toutes ces ligatures, il nous reste les æ et œ.

Finalement, si toutes ses écritures nous compliquent la tâche pour tenter de déchiffrer nombres de documents, même sans être spécialiste, on peut espérer décrypter l’essentiel des informations avec un peu de méthode et réserver l’emploi de paléographes bénévoles des sites de généalogie, pour des cas plus extrêmes…

Sources et sites évoquant le sujet:

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Cette entrée a été publiée le 30 mars 2012 par dans Histoire, et est taguée , , , , .

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