Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

A la poursuite d’ Alphonse Bihler -[2]-

bihler-alphonse-1894-1916-boulangerA quatre ans près, cela ferait précisément un siècle qu’est décédé, violemment, ce jeune homme dans la force de l’âge, puisqu’il n’avait que 22 ans quand, il est passé de vie à trépas.

Ce qui en fait une histoire singulière, est que la famille ait tout fait pour en cacher son existence aux générations futures.  Allant jusqu’à faire disparaître, là où elle le pouvait, des documents officiels avec la complicité de quelques employés de mairie.

Alphonse naît dans le Reichsland Elsaß-Lothringen, terres que la France avait cédées à l’Allemagne en 1871 avec également de fortes indemnités. C’est à Richwiller, appelée alors "Reichweiler", qu’il voit le jour le 26 juin 1894, un mardi. C’est un début d’été particulièrement frais après un printemps très sec. Son papa, Alphonse Bihler, natif de Lutterbach travaille à la boucherie du village, tenue par la famille Vogt. Quant à sa maman, Félicité Keller native de Mackenheim (un village situé dans le département du Bas-Rhin), est alors une femme au foyer qui s’occupe déjà de deux enfants en bas âges, puisque Alphonse a un frère aîné, Joseph, né trois ans plus tôt et une sœur, Alphonsine, qui elle est née l’année passée.

A Richwiller naîtront encore; Charles Alphonse en 1895 et ma grand-mère, Charlotte, en début d’année1897.

Entre 1898 et 1899, toute la famille emménage dans la commune d’Artolsheim où ils tiennent un restaurant local en plus de la boucherie. Les enfants sont scolarisés et fréquentent l’Église catholique Saint-Maurice en plein cœur du village.  Cinq enfants naîtrons encore dans cette nouvelle commune et parmi eux,  deux morts-nés.

Alphonse apprend auprès de son papa, le métier de boucher, mais devient également apprenti boulanger chez un artisan très en vue de Marckolsheim, dont on a oublié l’enseigne, mais dont une possibilité sérieusement envisagée est qu’il s’agissait de la Boulangerie "Ritzenthaler".  Il est finalement embauché définitivement, mais pour arrondir ses fins de mois, il travaille uniquement le samedi, dans un abattoir où il doit tuer des cochons. Il le fait aussi, car son meilleur ami d’école, y travaille et lui a fourni la place.  Ce dernier, marié, à une femme un peu volage et intéressée, demande à Alphonse d’intercéder en sa faveur, pour tenter de lui faire prendre conscience de la douleur qu’il ressent.  Alphonse par amitié essaye de la raisonner, mais tombe également sous son charme. Il réussit, néanmoins, à la convaincre d’arrêter de fréquenter une personne, mariée avec de nombreux enfants (donc beaucoup plus âgée) et qui avait l’habitude de la "noyer" sous des cadeaux. Une façon de vivre qui se remarquait et qui faisait jaser le voisinage.

Dans la nuit du 11 novembre 1916, après une altercation avec cet homme endimanché, dont l’identité est connue (la rixe s’est approximativement déroulée aux alentours de 18 heures ou 19h dans la cour de la maison des Bihler), il se suicide, par pendaison, au domicile familial.., juste au-dessus de l’atelier du boucher, séparé du restaurant par une petite cour oblongue.

La mort étant survenue le samedi, l’inhumation ne pu être envisagée que le mardi ou le mercredi en raison du calendrier des fossoyeurs et de la météo. Il s’en est suivi,  un enterrement de fortune avec une concession au cimetière des plus minimalistes, puisque signée pour deux ou  trois ans, le minimum que pouvait proposer l’employé gérant la gestion du cimetière!

Comme il s’agit d’un suicide, il n’y eut évidement aucune cérémonie religieuse car, pour l’Église Catholique d’alors, s’ôter volontairement la vie est considéré comme un acte de révolte contre Dieu. Un grave péché!

Pour Alphonse, une simple tombe en terre battue surmontée d’une croix de bois devenait sa dernière demeure.

Pierre Paul Laverdure, secrétaire de la mairie et amoureux d’Alphonsine, la sœur aînée d’Alphonse,  omettra également de consigner ce décès dans le registre de l’état-civil alors qu’au même moment,  disparaît mystérieusement le fichier domiciliaire des Bihler.  Ce document disparaîtra de la même façon,  partout ou cette famille avait séjournée: Richwiller, Artolsheim et Pfastatt.

Dans les deux semaines qui suivent ce décès, Alphonse père reprend contact avec un ami de Richwiller qui était venu leur rendre visite un mois auparavant avec pour espoir que sa proposition de revenir dans le Haut-Rhin, serait acceptée avec joie.  Cet ami avait fait ce déplacement pour  porter  à la connaissance de cette famille, qu’ il y a un débit de boisson à reprendre dans la commune de Pfastatt .., une véritable aubaine à saisir d’urgence !

Une offre que la famille avait déclinée en riant car leurs affaires se portaient bien et ils étaient désormais bien intégrés et heureux de vivre dans ce village.  Seulement, depuis les derniers événements tragiques, cette option avait les allures d’une inespérée bouée de secours.  Il aura fallu que deux semaines pour prendre la décision de recommencer tout à zéro et la propriété d’Artolsheim est finalement vendue à la famille Simler, si mes sources sont exactes.

Fait pour le moins étrange, la concession provisoire au cimetière d’Artolsheim, ne sera jamais renouvelée…

A Pfastatt, où cette famille tient maintenant, un restaurant et une boucherie en plein centre du village, est également venu pendant ce déménagement, une jeune fille  qui a accompagné les Bihler puisqu’elle était fiancée au frère aîné d’Alphonse dont la triste nouvelle de son décès sur le front de l’Est arrivera peu avant la Noël de cette même année.  La fiancée de ce dernier ne quittera plus Pfastatt et mit de très longues années avant de pouvoir envisager de se marier. Malgré les conseils de tous ses amis et de la famille, elle se voyait lié par cet amour.  Ce n’est pas la seule personne qui a suivi les Bihler dans cette nouvelle commune, puisqu’il y a également Pierre-Paul Laverdure.., le secrétaire de mairie d’Artolsheim amoureux d’Alphonsine.

Ce dernier, se charge de faire disparaître des documents mentionnant l’existence d’Alphonse Junior et à  Richwiller, la personne que Pierre-Paul Laverdure essaye de soudoyer consentira finalement à faire disparaître le fichier domiciliaire des Bihler mais refuse catégoriquement de toucher à l’état-civil et l’acte de naissance d’Alphonse restera intact. Paul, comme tout le monde l’appelait, était un homme que l’on peut facilement qualifier de bon vivant. Il est serviable, attentionné  et aimé de tous ceux qui l’on fréquenté.

C’est une histoire qui ne s’arrête pas là et dont la suite s’avère  riche en rebondissements,  puisqu’un actuel "mythe" urbain de cette commune  a pour théâtre, une véritable cascade d’ événements directement liés à cette tragique histoire, qui ne peut se comprendre qu’au travers du prisme des valeurs et priorités d’un passé désormais révolu.

Acte de naissance de BIHLER Alphonse Junior

Acte de naissance de BIHLER Alphonse Junior

A suivre….

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Un commentaire sur “A la poursuite d’ Alphonse Bihler -[2]-

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