Elsasser Wurtzle

Généalogie & chronique familiale

Rédiger une chronique familiale -[2]: La question de la fiabilité de documents officiels

Rédiger une chronique familiale

Rédiger une chronique familiale

Il y a des billets difficiles à rédiger et des histoires familiales que l’on ne sait pas par quel bout évoquer.

La gestion d’un doute nous ramène parfois sur des voies que l’on préfère éviter , mais qui s’imposent comme indispensables si l’on veut prétendre à essayer de comprendre le passé.

La question cruciale de la fiabilité des documents officiels, s’est rapidement imposée, dès le début de ma tentative de narration de l’histoire familiale. C’est une évidence, rares sont les généalogistes ayant une formation d’historien, cependant la plupart d’entre-eux s’essayant à l’écriture d’une chronique familiale, ne jurent que par les faits. Le "hic" : l’histoire familiale et mon expérience intime en démontre les limites évidentes. Le cas le plus fréquent qui ne sera pas sujet à caution, se trouve dans les actes qui servent à l’établissement de l’arbre généalogique : les actes de naissances ou de baptêmes. En effet, quand il s’agit d’un chapelet de prénoms ou d’un prénom composé.., rien n’indique le prénom réellement usuel. On peut le trouver parfois sur un acte de mariage ou de décès mais cela n’est pas toujours vrai.

Si un surnom est utilisé, il est complètement anecdotique d’en trouver une trace écrite pour une fille. Un exemple flagrant ou l’histoire familiale prime sur les documents officiels.

Un autre exemple plus délicat, est celui des sources judiciaires qui ne sont pas forcément plus fiables. En effet, l’erreur judiciaire est plus répandue que l’on s’imagine. Nous connaissons tous ces cas ou un petit frère mineur se dénonce pour éviter une peine plus grande à son aîné ; untel qui couvre son meilleur copain récidiviste, etc.

Sous la pression ou par amour, on peut avouer n’importe quoi !

Un autre exemple parlant sont les jugements de divorces, également sont à prendre avec des pincettes, puisque les torts sont souvent partagés et la mauvaise foi et les mensonges peuvent s’y cacher en chaque recoins. La manière de rédiger une chronique pour essayer d’être le plus proche d’une vérité, somme-toute utopique, devrait pouvoir en tenir compte sans pour autant tomber dans des affabulations. L’écriture peut être au conditionnel, voire offrir plusieurs angles de vue afin que le lecteur puisse se forger son opinion. Le contexte est toujours un élément important, il faut penser à l’inclure.

Les périodes d’occupations en Alsace, sont l’exemple type d’un tabou persistant, de mensonges à répétitions. La vérité est bien plus nuancée que ces clichés que l’on nous exhibe pour gonfler la vanité patriotique. Après 1870, certains optants germanophiles qui optaient donc pour l’Allemagne, optaient également pour la France au cas ou un revers de situation risquerait de les priver de leurs avantages. Une histoire que l’on nous avait le plus souvent raconté en inversant les variables.., ce qui évidemment était également aussi une réalité.

Là parfois, la mémoire familiale est en contradiction avec les faits: des francophiles deviennent germanophiles et vice-versa.  Le doute s’installe puisque après guerre, les données se veulent à l’avantage du camp gagnant.

Un nombre important d’Alsaciens étaient conscients que lors de la période du premier conflit mondial, les appelés autochtones atterrissaient invariablement en première ligne et ne revenaient que rarement étaient devenus les promoteurs l’esquive à l’enrôlement. Ainsi, les réformés n’étaient pas tous de vrais inaptes avec parfois l’aide de complicités au plus haut-niveau.  Ce qui évidemment rend impropre la lecture de documents officiels. Si cela était valable à cette époque, pourquoi pas à d’autres plus lointaines et même plus récentes ?

Un sommet d’hypocrisie, de mauvaise foi, de honte est, à mon sens, atteint avec la période maudite de la seconde guerre mondiale où tous les Alsaciens deviennent par un tour de baguette magique, des malgré-nous en occultant le fait que la propagande nazi était d’une efficacité redoutable pour modeler l’esprit, non-seulement de jeunes volontaires, mais également d’appelés fiers de servir le Reich et cela même en  STO.  Ce qui me permet d’écrire cela, ce sont les nuances apportées par ma grand-mère qui connaissait évidement les convictions profondes de membres de la famille, d’amis, de voisins.., toujours très éloignés de la vérité de l’après-guerre. Ma grand-mère, dont le mari était actif dans la résistance, m’a transmit une vision moins binaire de cette époque. Une vision plus juste, plus tempérée, ou sauf dans le cas de règlement de comptes crapuleux, il n’y avait pas tant de haines entre alsaciens francophiles et germanophiles puisque beaucoup de familles étaient déchirées par ces sentiments contradictoires à la philosophie parfois abjecte ou l’antisémitisme transpirait.  Mais en France, ce dernier problème existait également et personne de censé avouera avoir été séduit par l’affreuse idéologie. Il ne s’agit pas de négationnisme, ni de contestation des chiffres officiels.., je laisse cet os à ronger aux spécialistes et à sa littérature qui invariablement met en évidence les mêmes affirmations avec le même manque de nuances et quand il s’agit d’évoquer la germanophilie supposée ou réelle, on ressent bien que les règles de communication exigent que l’on passe rapidement à un autre sujet. Il ne faut surtout pas s’attarder !

Cette tolérance qu’avaient les alsaciens entre-eux, ils ne l’avaient cependant pas pour les allemands ou les français suivant leurs convictions toujours idéalisées en période de crise.

Il s’agit concrètement  d’autre chose: comment faire pour restituer des faits, par exemple, dans le cas ou un membre de la famille a eu les honneurs des « malgré-nous », en étant à la base totalement adepte de la perverse idéologie nazi ?

Il se pose là, un épineux problème, non seulement de probité intellectuelle mais également éthique et dans la pratique une source évidente de conflits avec sa famille. D’autant, que ces personnes, ont partagées bien souvent un travail obligatoire et la souffrance des alsaciens enrôlés de force et ont été traités, à un cheveu près, de la même manière. La mort où un sort tragique dans de sinistres camps clôturait leur  "service". Le conditionnement facile d’esprits malléables dans une période que l’on résume à un combat du bien contre le mal, n’a aucun poids..,  alors que l’on est beaucoup plus tolérant pour les victimes de sectes aux agissements pervers, horribles, qui ont subi des endoctrinements équivalents!

La guerre est une vacherie;  le libre-arbitre y est le plus souvent illusoire. Il faut bien l’avouer, il est politiquement incorrect d’évoquer, pour ces époques troublées, des Alsaciens avec les convictions de l’occupant.., il doit y avoir qu’une seule vérité: L’holocauste, la Shoah l’image des tortures nazi rend presque impossible la vision de nuances. La douleur voyage dans le temps et avec elle,  un profond respect pour ceux qui ont souffert avec le sentiment qu’il n’y aura jamais assez de positif pour faire barrage au mal absolu.

Le débat est trop passionné et tant de braves gens ont fait de mauvais choix, d’horribles individus se rachètent une virginité, comme le rappelle par exemple, la médiatisation du procès Papon et son lot de révélations, mais le scandale pourrait probablement prendre des proportions ahurissantes si l’on libérait l’accès aux archives de l’appareil nazi alsacien confisqués par les services secrets français où probablement transpire des déclarations et des agissements embarrassants mais également des dénonciations !

Pour faire la part des choses quand le récit familial est à ce point gênant, plusieurs choix s’offrent à nous selon notre capacité à nous affranchir de ces contraintes :

On peut se taire et ne rapporter que ce qu’il y a de plus positif pour une vision toute idéale où l’on ne froisse personne ; pas de grandes nuances…, ce n’est pas mon truc !

On peut également plier les faits dérangeants pour qu’ils épousent des formes plus acceptables avec par exemple des mensonges par omission qui pourraient alors rendre sinon vertueux le plus ignoble personnage, au moins lui enlever ses responsabilités effectives.

Les facteurs trop nombreux qui font que je doute toujours, m’orientent vers un choix fondamentalement différent. Quand je ne sais absolument pas comment aborder un sujet ; J’opte en premier lieu de m’appuyer sur des versions rapportées de personnes dont le profil psychologique est selon mon avis (subjectif, j’en conviens), le plus stable. Celles qui s’expriment sans médisances avec une capacité auto-critique et surtout capables de bienveillance même envers les personnes qui le méritent le moins. Je décide donc de traiter tous les sujets sans me soucier d’un politiquement correct, de froisser ou d’enorgueillir des ego, mais toujours avec bienveillance et avec tout l’esprit de justice dont je suis capable. Il faut pouvoir se forger une opinion et la remettre en question à chaque nouvelle trouvaille. Ce que j’écris n’est donc pas figé et peut présenter ou suggérer différents points de vues et même au gré des découvertes, changer de forme: c’est le prix de l’intégrité. Il ne faut pas avoir peur de se tromper et de recommencer le travail. 

Malgré cela, il reste des sujets que l’on garde sous le coude, car on ne trouve pas la manière de les aborder. Cela arrive en général quand le conflit est trop proche et qu’il y a visiblement beaucoup de mauvaise foi à chaque extrémité et que de surcroît les documents officiels ne sont pas encore consultables.

Pour terminer: bien évidemment que la grande majorité des documents officiels sont fiables, mais il y a toujours des exceptions dont il est important de prendre conscience.  Avec Internet, on a de toute évidence un grand intérêt à poster son travail, même avec des erreurs, car les retours des blogonautes permettent d’apporter des éléments nouveaux qui peuvent appuyer, infirmer ou orienter différemment notre vision des évènements.  N’oublions pas que la plus grande source d’erreurs,  nous  l’alimentons par nos limites naturelles!

4 commentaires sur “Rédiger une chronique familiale -[2]: La question de la fiabilité de documents officiels

  1. Pierre Lagacé
    7 février 2014

    Reblogged this on Nos ancêtres and commented:
    En attendant le printemps – Prise 2

  2. Pierre Lagacé
    7 février 2014

    J’ai bien fait de prendre un pause jusqu’au printemps afin de savourer votre blogue.

    • wurtzele1
      7 février 2014

      Merci bien, mais savourer est un bien grand mot, car je suis bien loin d’égaler en qualité, ceux que vous animez!

      Ce n’est aucunement une flatterie de complaisance et je suis bien conscient de mes limites.

      • Pierre Lagacé
        8 février 2014

        Je pèse toujours mes mots… quand je dis que je savoure, je savoure.

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