Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

An IX, les débuts de la Vaccine dans le Haut-Rhin

VACCINE-1La variole (ou petite vérole) est une infection virale extrêmement contagieuse dont l’issue peut être létale et qu’il convient de ne pas confondre avec la syphilis appelée  aussi "grande vérole"!

On pense que les virus sont originaires d’Asie et d’Afrique, deux continents qui connaissaient et utilisaient une technique  qui fut à la base de nos procédés de vaccination. On en trouve la mention dans les livres ayurvédiques. Les Chinois pratiquaient un procédé un peu différent, par voie nasale, dès le XIè siècle. Les africains avaient, eux aussi, mis au point une méthode d’inoculation.., plusieurs siècles avant la révolution française!

C’est en médecin britannique, John Zephaniah Holwell qui dans un exposé datant de 1767 atteste de l’efficacité de cette vieille méthode.

La variole qui prend, au XVIIIe siècle, le relais de la peste est un véritable fléau sur lequel on expérimente ce procédé "nouveau" qui est sujet rapidement à nombreuses controverses.

En France, la première vaccine a eu lieu en 1799 selon la méthode de d’Edward Jenner, médecin et naturaliste anglais aussitôt suivi, le 11 mai 1800, par la naissance du Comité central de vaccine.

la vaccine s’est d’abord heurtée à toutes sortes de résistances aussi bien de l’administration des hospices de Paris que d’une partie du clergé.

En Alsacien "d’ Pocke" ou encore "d’ Bletzer" sont les noms que l’on donne à la variole. Dans le Rapport sommaire des travaux des comités de vaccine de l’an XI que le comité central siégeant à Colmar rédige à l’attention du préfet, nous pouvons aisément visualiser ce qui représentait alors un vaste département, avec ses représentants ayant  pour mission le développement de cette pratique d’utilité publique.

Cela commence avec les premiers essais de l’inoculation dans le Haut-Rhin qui datent du tout début de l’An IX  dans la ville de Mulhouse où le docteur Jean-Jacques Koechlin (1754-1814) exerce.  Le compte-rendu précise que cette campagne sanitaire fut accueillie avec empressement. Dans les principales villes du Haut-Rhin, l’accueil de la vaccine affiche un succès relatif , mais l’inoculation s’y poursuit assez bien. La technique utilisée alors et dite "de bras à bras" est des plus rudimentaires et consiste à prélever du pus directement sur les pustules d’un donneur pour  infecter un receveur. Pasteur et sa "pasteurisation" n’est pas encore d’actualité.., on imagine aisément que des problèmes puissent être rencontrés!

Dans le canton de St-Amarin, c’est le pasteur  Basler formé par Koechlin, qui inoculera plus de 600 personnes de tout âges en moins de trois ans!

Au mois de Floréal de l’an IX, le docteur Saccerotte de Lunéville a vacciné une vingtaine d’enfants à Colmar avec le plus grand succès et l’on assure qu’elle fut, de proche en proche, portée dans les communes avoisinantes avec le zèle du docteur Bartholdi et de deux officiers de Santé, les citoyens Lindwurn & Remy.

vaccineenvoyageA Ribeauvillé, les praticiens sont le docteur Clad secondé par l’officier de santé Koehler ; A Riquewihr  c’est le docteur Schreiner, le chirurgien, qui s’en charge; A Neuf-Brisach, c’est le chirurgien Blandin qui s’implique, corps et âme, pour populariser la pratique. Il fait des annonces publiques qui ont un certain retentissement, car il est hautement apprécié et respecté puisqu’il soigne à fonds perdus les plus infortunés.

Le Docteur Deck s’occupe de la vallée de Guebwiller et à Sainte-Marie-Aux-Mines, ce sont les médecins Celbarius & Staul qui prodiguent les inoculations.

A Altkirch, l’usage des fluides de vaccines est amené par le médecin du lieu en la personne du citoyen Kassmann. A Belfort, le docteur Belin fait de même et à Montbéliard, autre ville du Haut-Rhin, c’est le citoyen et médecin Morel qui se dévoue.

A Bienne, l’extrême frontière du département, dans un pays âpre où les communications sont des plus difficiles, ce sont les citoyens Schaffter & Bloch, le premier officier de santé, le second docteur en médecine qui multiplient leurs efforts pour tenter de convaincre la population.

En général, dans les lieux distants des villes, l’habitant malgré la gratuité reste inaccessible à la persuasion en refusant fermement cette inoculation. Les médecins doivent alors souvent employer la ruse, voir proposer de l’argent pour susciter de l’intérêt de ses paysans superstitieux et réfractaires au progrès.

A Munster, en l’An X, le chirurgien en chef de l’armée du Portugal, le citoyen Morel de retour au Pays, assisté du citoyen Steinbrenner, vaccinera 300 enfants en moins d’un mois! Morel est également un chercheur qui fera de nombreuses constatations et tentera quelques expériences dans cette vallée qui profiteront au comité.

A Colmar, le préfet par son arrêté du 10 Germinal de l’an XI, impose que tous les enfants entretenus à l’hôpital civil de la ville soient soumis à la vaccination. Dans l’arrondissement de Delémont, le récent comité a bien du mal à convaincre, mais reste confiant en l’avenir.

A Bienne, le docteur Schaffter cite plusieurs cas graves dont un enfant de trois ans qui suite à l’inoculation a eu des boursouflements sur tout le corps notamment sur la région génitale. Il rassure le comité en précisant que ces effets alarmants disparurent d’eux-mêmes, sans aucun traitement au bout de seulement 12 heures.

Pour l’arrondissement de Porrentruy, le comité de vaccine ne communique aucun résultat, aucun  détail sur les tentatives qu’il a faites pour introduire la vaccine. La seule information qui arrive finalement  aux oreilles du comité central, c’est qu’ils ont pratiqués l’inoculation que sur une toute petite poignée de volontaires.

Dans tous les départements, les rapports se veulent tous encourageants, mais se heurtent aux convictions religieuses. L’église en est le premier détracteur et pas simplement avec des arguments philosophiques. Quand la presse relaye des informations contraires à l’intérêt de la vaccination, il arrive qu’elle soit censurée.

Il faut attendre 1811 quand Napoléon fait vacciner son fils le Roi de Rome et qu’une instruction ministérielle rendra la vaccination obligatoire dans l’armée, pour que la pratique se généralise.

 

En ce qui concerne le "Rapport sommaire des travaux des comités de vaccine", pour tous les patronymes d’officiers de Santé et de médecins/chirurgiens y figurant, il convient de préciser qu’ils y sont mentionnés sans les prénoms.Si vous y reconnaissez un ancêtre, merci de me retourner les informations afin que je puisse les partager dans ce billet.

Travaux consultés:

  • Rapport sommaire des travaux des comités de vaccine  (du comité central siégeant à Colmar),  An XI -Haut-Rhin.
  • Traité historique des dangers de la vaccine : suivi d’observations et de réflexions sur le rapport du comité central de vaccine  -Pierre Chappon –  Eds Demonville & Soeurs (1803)
  • Bulletin d’histoire économique et sociale de la Révolution française 
  • Wikipédia

5 commentaires sur “An IX, les débuts de la Vaccine dans le Haut-Rhin

  1. Annick H
    1 juin 2014

    J’ai saufgarde votre article dans mon fichier Alsace-Aide Genealogique dans One-Note. Merci pour vos recherches interessantes.
    Annick

  2. wurtzele1
    1 juin 2014

    Merci pour l’intérêt que vous portez à mes billets, car ce n’est pas la première fois que vous me laissez un amical commentaire :)

  3. fobrice
    2 juin 2014

    Article très intéressant!
    Ce que je n’arrive pas à comprendre c’est la différence entre la vaccine et une contamination "naturelle". Pourquoi est-ce moins dangereux? Comment atténuaient-il l’effet des microbes? (Je n’ai pas fait médecine, je n’ose pas parler de termes "agents pathogènes" ou autres ;) )
    En tout cas bel article :)
    Bonne semaine

    Fabrice

  4. wurtzele1
    2 juin 2014

    Je ne suis pas certain d’avoir tout compris, mais il me semble que le "donneur" était atteint d’une forme bénigne de la maladie attrapée au contact des vaches. L’observation semblait démontrer que les laitières ne contractaient jamais la petite vérole (le mot "vaccine" vient du latin "vacca"=vache).

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