Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Rédiger une chronique familiale -[6]: Déceler des décès suspects

Suicide

Une chronique familiale se nourrit principalement des traces laissées par nos aïeuls du temps de leur vivant. C’est une évidence, mais ce qui l’est moins, ce sont les traces "post-mortem" qui elles  également, peuvent potentiellement être riches en informations. Avant tout, je pense aux morts accidentelles  qui sont généralement rapportées dans les quotidiens locaux depuis belle lurette.

Cependant, tous les décès n’ont pas une cause naturelle. Des décès par homicide ,des autolyses mais également des disparitions inattendues et  inexpliquées existent vraisemblablement dans tous les arbres généalogiques. Là encore, les journaux peuvent être utiles!

Dans la plupart des cas, dans les générations récentes, les histoires d’homicides et disparitions inexpliquées se transmettent à la descendance. Pour les cas de suicides, la transmission est plus gênante et s’effectue rarement. Si une famille trouve le moyen d’étouffer cette information, elle le fait quasi-systématiquement!

On se rend vite compte qu’un parent puisse forcer sa fin de vie est un acte honteux, non pas pour lui-même, mais pour ses proches dans le constat simple de ne pas avoir su/pu l’éviter. Consciemment ou inconsciemment, les personnes liées au défunt, portent le fardeau de la culpabilité de ce qu’ils auraient pu/du faire pour tenter d’éviter le drame.

Pour l’apprenti historien familial, si le doute ne le ronge pas, il n’a pas de raison de chercher plus en avant.

Statistiquement, une fois que l’apprenti historien familial dispose de l’acte de décès, son dossier est présenté comme clos. C’est une erreur courante, car il existe au-delà, encore une date et des documents pouvant complètement changer la fin de l’histoire que l’on tente de retracer. En effet, la date et le lieu de l’inhumation peuvent mettre la puce à l’oreille si elle anormalement espacée. Les raisons peuvent en être nombreuses, mais il n’est pas impossible qu’une enquête policière était en cours. La cérémonie des obsèques, voire son absence, ne doivent pas être négligées et peuvent induire une probabilité d’autolyse.

Le premier élément de doute valable, depuis la création des actes de sépulture,  jusque dans les années 60 et à condition d’être de confession catholique, est le constat de l’absence d’obsèques religieuses. Le second, un décès trop rapproché d’un autre.

Pour les générations récentes, les faire-part de décès peuvent facilement être trouvés et il suffit de garder à l’esprit qu’ actuellement, il est courant pour l’église catholique depuis quelques décennies, d’offrir une cérémonie "religieuse" hors de la paroisse principale du lieu dans un endroit a priori non consacré à cet effet.  Quand cette annexe est mentionnée, le doute s’impose!

Le baratin habituel que la famille retient alors, est qu’il n’y avait plus de place à l’église.

L’enquête ensuite est des plus simples, puisque l’on commence par chercher un geste désespéré dans le quotidien local concordant avec la date du décès. Le plus souvent, on y trouve ce que l’on cherche.., même si j’ai le cas de désespérés non-recensés par la presse. L’étape suivante est tout naturellement, les démarches pour les documents médicaux / judiciaires qui répondent aux lois sur la consultation des archives et si cela est trop récent, il reste encore une possibilité:

 L’article L. 1110-4 du code de la santé publique, auquel renvoie l’article L. 1111-7 du même code, prévoit que le secret médical ne fait pas obstacle à ce que les informations médicales concernant une personne décédée soient délivrées à ses ayants droit, dans le mesure où elles leur sont nécessaires pour leur permettre de connaître les causes de la mort, défendre la mémoire du défunt ou faire valoir leurs droits, sauf volonté contraire opposée par la personne avant son décès. [Ref CADA]

Quant-à vérifier les raisons d’un suicide, c’est une autre histoire!

Pour quelques personnes, cela peut poser une question d’éthique que de mentionner les causes de décès sur un arbre en ligne ou dans une chronique. A titre personnel et sans consultation avec la famille, j’ai pris la décision de les traiter  le plus simplement du monde,  comme des faits. Toujours avec bienveillance. Par ailleurs, la norme Gedcom  prévoit même son insertion sous l’identificateur "CAUS"  qui permet la description de la cause de l’événement ou du fait associé.., dont,  ça tombe bien, la cause du décès par exemple.

Si vous avez, vous aussi, rencontré ce cas de figure de décès par suicide, je vous invite cordialement à partager votre expérience car c’est un sujet généalogique qui est trop rarement traité sur le web.

 

 

9 commentaires sur “Rédiger une chronique familiale -[6]: Déceler des décès suspects

  1. jmg013
    8 juin 2014

    Excellent article sur un sujet plutôt triste.

  2. wurtzele1
    8 juin 2014

    Merci :) La généalogie avant d’être des vies à traiter commence par être des morts à assumer. Initialement, le texte devait voir le jour en hiver.., j’ai préféré attendre les beaux jours pour ne pas trop saper le moral de ceux qui malheureusement sont concernés par le sujet.

  3. wurtzele1
    8 juin 2014

    Je viens de remarquer que j’ai également oublié de traiter d’un autre élément important: l’acte de décès barré par une immense croix avec une rédaction en marge qui est un autre élément nous permettant de suspecter un décès anormal!
    Si quelqu’un veut se lancer sur ce thème…

  4. Pierre Lagacé
    8 juin 2014

    J’ai bien aimé votre billet.

    Je ne peux me pencher sur la mort de deux membres de ma famille. Ursule Lagacé et Damase David. Il est décédé le 26 février 1845 et elle le 31 mars 1845.

    J’ai les actes de sépultures, mais aucune indication de la cause des décès.
    Les décès ont eu lieu à St-Georges d’Henryville dans le comté d’Iberville au Québec.

    Damase avait 20 ans et Ursule en avait 16. Ursule Lagacé était la soeur de Stanislas Lagacé (1816-1900), mon arrière-arrière-grand-père que j’ai fait revivre avec mes recherches commencées en 2007.

    Faire revivre mes ancêtres, et ceux des autres, est le plus beau cadeau que je puisse donner aux gens qui croisent ma route.

  5. Pierre Lagacé
    8 juin 2014

    A reblogué ceci sur Nos ancêtreset a ajouté:
    Un billet intéressant sur les causes probables de décès trouvées dans les actes de sépultures.

  6. wurtzele1
    8 juin 2014

    A moins qu’un journal local ait en cette période relaté un suicide, les pistes restent en effet minces!

    Les suicidés à cette époque, ne donnaient probablement pas lieu systématiquement à des enquêtes policières. Peut-être au niveau de la gestion du cimetière, un dossier lèvera-le coin du voile ?

    Il y a aussi parfois des échanges de lettres qui refont surface et apportent des éclairages nouveaux.

    Ceci-dit, je ne connais strictement rien sur les usages des différentes administrations Québécoises et je ferai peut-être mieux de me la fermer -Lol

    En tous les cas, si vous réussissez à faire jaillir la lumière sur ce cas, je lirai l’article avec une grande attention!

    • Pierre Lagacé
      8 juin 2014

      Je ne pense pas fouiller plus loin dans ces décès.
      Mais qui sait un jour je pourrai trouver, ce dont je doute, un écrit qui fournira un indice.
      Dans ces temps-là, les petites gens, dont je suis le fier descendant, étaient peu instruits et ne savaient pas écrire.

      J’écris pour eux…

      Tiens, je n’y avais pas pensé.

  7. wurtzele1
    8 juin 2014

    Oui, tant d’articles!

    Par le passé, même ceux qui ne savaient pas écrire envoyaient des lettres quand ils étaient séparés de la famille par de longues distances. Ils trouvaient un intermédiaire par un homme de confiance,parfois rémunéré pour l’occasion. Du moins, c’est ce que ma grand-mère m’expliquait et je n’ai aucune idée si cela s’appliquait également outre-atlantique…

    • Pierre Lagacé
      8 juin 2014

      Je ne pense pas que les petites gens faisaient ça ici, mais je peux me tromper.

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Cette entrée a été publiée le 8 juin 2014 par dans Rédiger une chronique familiale, et est taguée , .

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