Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Restaurateur d’antan & bouillon de culture !

restaualsace

En triant ma paperasserie généalogique afin d’y déceler de nouvelles pistes à arpenter, quelques souvenirs jaillissants m’offrent l’occasion de finaliser un billet qui prenait la poussière depuis de longs mois.

J’ai plusieurs restaurateurs dans mon arbre, mais je n’en retiendrais qu’un pour ce billet, dont des anecdotes sur le milieu professionnel m’ont été rapportés  par ma grand-mère. Il s’agit du restaurant de ses parents à Artolsheim. Un autre serait bien plus intéressant, mais il reste malheureusement hypothétique puisque la grand-mère de la mienne est au cœur de récits liés a ses qualités de cuisinière dont, pour la famille exclusivement, un souvenir particulier  de la guerre de 1870 est  racontée ici. Hypothétique, car j’ignore si elle tenait un restaurant ou pas, eh oui, ma qualité d’écoute est pleinement en cause!

En tous les cas, elle était obligée d’offrir comme beaucoup d’habitants alsaciens, le gîte et le couvert aux militaires prussiens en 1870 qui lui a valu de se faire positivement remarquer.

Comme l’étude des documents me permettant de m’en assurer nécessite un déplacement aux AD67,  je n’ai pas encore pu effectuer ces recherches spécifiques. Le second restaurant, dans l’alternative où il existait, aurait été  à Mackenheim.

Dans les villages d’Alsace afin de fidéliser une clientèle, on a du mal a s’imaginer le niveau d’excellence demandé alors a un restaurateur.  Du moins, c’est ce que prétendait ma grand-mère. On peut visualiser une salle à taille humaine où l’on s’alcoolise gaiement  en tapant du carton et en parlant fort. On s’imagine volontiers, que rien de ce qui se passait dans le village ou dans les environs, n’échappait à la perspicacité des clients friands de ragots.

Elle est formelle pour le restaurant d’Artolsheim, le curé du village, tout comme le maître d’école y allaient de bon cœur, ce qui ne manquait pas de booster les ego des deux notables qui rivalisaient d’éloquence en argumentant sur des sujets variés.  La joute verbale était un moment attendu autant par le restaurateur lui-même, que par les serveuses qui étaient presque toujours de la famille voire des clients qui ainsi étendaient leur culture. Gendarmes ou officiers militaires de passage, garde-champêtre étant un ancien militaire de carrière ayant effectué la guerre de 70 et qui vivait dans une minuscule construction ou une petite table lui servait de bureau et qui pour le village faisait localement le travail des gendarmes, tant que cela ne nécessitait pas une enquête  , auquel cas, ces derniers se déplaçaient. Ce garde-champêtre, un buveur invétéré dont la langue se déliait au fur et à mesure que les verres s’additionnaient. Il était assez facile moyennant un profil bas et des bouteilles pleines d’obtenir des indulgences pour qui savait s’y faire, car il avait également du cœur.  Parfois, le maire et son équipe, dans un soucis  de popularité et en spéculant sur les avantages de la rotation de bistrot, n’avaient guère peur d’y promouvoir leurs idées.

Que ce soit par les autochtones ou par l’occupant; la révolution et la période Napoléonienne était quasi ex  æquo avec les leïtmotivs portant sur l’église en terme de sujets de discussions privilégiés entre les incontournables questions d’actualités. Les débats étaient pointus et argumentés, au jugé des quelques  détails en ma possession, démontrant une bonne connaissance de l’histoire ainsi que d’inattendues articulations philosophiques. Les débats les plus poussées avaient lieu, le plus souvent aux heures de repas, ce qui en excluait la plus grande partie des villageois. Le restaurateur et sa famille en profitait; essayait de ne pas perdre une miette, sans pour autant y participer.  Chacun à sa place et on ne prend pas le risque de froisser les sources de revenus!

Une connaissance particulièrement diversifiée, loin d’être perdue, puisque toute la famille et les amis en profitait, par ricochet. 

Je vais tenter de finir ce billet sur une note un peu plus gastronomique que l’on est en droit d’attendre quand on parle de restauration,  non pas en louant la choucroute et les dérivés du cochon,  mais en vantant la riche diversité de plats à base de poissons. De nos jours, on pense surtout à la carpe frite et à la truite aux amandes, mais il y avait également tous les autres poissons allant de la petite friture, au brochet et au Saumon qui était l’animal le vulgaire que l’on trouvait dans le Rhin. Je ne sais plus très bien, si ce qui suit s’est déroulé en Alsace ou en Suisse, mais on m’a raconté un jour, qu’à la frontière ou au début du siècle dernier, des prisonniers auraient fait la grève de la faim pour ne plus avoir à manger de saumons qui étaient journellement au menu!  Cette prison par l’action d’une cage de fer plongée le long de sa paroi jouxtant les eaux, remontait un nombre incalculable de ces poissons destinés au repas de ses pensionnaires!

A cette profusion de poissons, on ajoutera pour le contraste, les anguilles, les écrevisses, tous deux déclinés dans des plats plus raffinés les uns que les autres. On a pas idée de la grande diversité de nourriture que ‘on trouve en Alsace et saviez-vous que jusqu’à la frontière de la seconde guerre mondiale, l’on y consommait encore cycliquement des asticots dans le munster, des insectes et des larves?

ColeopterePour les insectes, la source familiale est plus récente, puisqu’il s’agit de mon papa qui reproduisait jusqu’au  début des années 70, un plat traditionnel qu’il avait appris de sa maman. En effet, il était coutume de manger au printemps la "Mayakaffer suppa", la soupe des hannetons du mois de mai !

Je ne sais pas si ce plat était connu de tout le Dreyeckland et de toute l’Allemagne, mais il l’était au moins dans le sundgau et le pays de Bade.

Pas n’importe quels hannetons, mais  ceux qui sont d’un vert métallisé-doré au dessus et laitonné-cuivré en dessous!  C’est un met qui était très prisé et dont le goût rappelle un peu celui d’une soupe au crabe. Les larves des mêmes coléoptères étaient parfois frits

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3 commentaires sur “Restaurateur d’antan & bouillon de culture !

  1. mke06
    12 juillet 2014

    D’après ce que j’ai lu sur le site d’Androuet, on mange encore en Italie un fromage grouillant d’asticots.

  2. ARCHIVES PUBLIQUES LIBRES
    15 juillet 2014

    Merci pour ce beau récit auquel on ne s’attend pas !

  3. wurtzele1
    16 juillet 2014

    @mke06 -par le passé, c’était très courant dans toute l’Europe et pour l’aspect "curiosité", j’ai vu sur le web qu’en Italie, à l’instar de Alf, le chat fait partie de la cuisine traditionnelle vénitienne, lombarde et piémontaise!

    @Archives publiques libres -Merci pour votre commentaire. Je n’ai pas fait de recherches spécifiques pour illustrer par l’exemple, cela reste du papotage comme beaucoup de choses qui tiennent à la mémoire!

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Cette entrée a été publiée le 11 juillet 2014 par dans Bihler, et est taguée , , , , , , , , , , .

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