Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Freymuth Joseph et Caroline Dollé

*** Ascendance de Barbe FREYMUTH ***

Joseph, s’ouvre à la vie le 8 février 1833 à 10hoo du matin. Le temps est alors particulièrement pluvieux dans ce village qui n’existe plus sur nos cartes actuelles : Erlebach.

C’est un lieu qui tire son nom d’un des deux cours d’eau qui le traverse. En période allemande le village se prononce  avec un « N » central : « ErleNbach ». De nos jours, il est connu sous le nom d’Albé malgré que son ancienne topographie ne soit plus exactement la même. Les habitants de cette commune portent le surnom de « Kenstergücker (ceux qui regardent au fond du buffet)» quand ce n’est pas carrément « Erlebacher Kàtzestecher  (les tueurs de chats d’ Erlebach)», ce qui en dit long sur l’extrême pauvreté des autochtones au moment ou sont distribués ces sobriquets. Il n’en a pas toujours été ainsi comme en témoigne certaines architectures. Il y eut une période de florissantes activités commerciales : Production de vins, de fromages, de houille et de plomb.

Joseph est le premier fils de Mathieu, un schlitteur de 34 ans qui n’est pas originaire de cette commune mais qui comme tous les forestiers d’alors suivaient les coupes de lieux en lieux et dont cette étape lui permet d’hiverner à peu de frais. Mathieu va, fièrement, dès le lendemain déclarer l’enfant à la mairie en compagnie de témoins se prénommant , tous deux, « Joseph » . Il y a monsieur Hertzog , l’instituteur du village et monsieur Birger, le cordonnier. C’est le maire en personne qui prend la déposition et Joseph Freymuth à l’honneur d »être le premier bébé de l’année. Un registre vierge est ouvert et l’acte numéro 1 créé.

Schlitteur est un métier pénible qui consiste à transporter du bois sur un espèce de traîneau aux allures de luge dont la charge avoisinait parfois jusqu’à quatre stères de bois. Le tout devait glisser en pente sur des rondins. Le Schlitteur se devait en étant positionné devant la « Schlitte » de guider ce chargement en essayant de ne pas se faire écraser et la descente effectuée, il fallait charger la schlitte sur le dos et remonter la pente !

Il fallait autant de force , de technique et de courage pour effectuer ce métier

Sa maman, Barbe née Paulus , a deux ans de moins et est, comme la plupart des épouses du village «  femme au foyer ». Le métier de son mari comporte énormément de risques et des histoires tragiques de Schlitteurs hantent l’esprit de nombreuses femmes qui comme elle, sont obligées d’attendre le retour de leurs hommes avec la peur au ventre. Un enfant se doit d’avoir un père, alors elle implore son mari de gagner sa vie autrement. C’est un couple complice alors conscient , il se range alors de l’avis de sa femme et devient pour ces raisons viticulteur avec l’aide de la famille de son épouse. C’est un métier qu’il connaît bien puisque son papa était vigneron et qu’il a lui même avec ses frères aidé à toutes les étapes de la vinification.

Avant-cela, il apparaît dans le recensement de 1836 comme garde-forestier, un métier dont je n’ai pas le souvenir qu’il fût évoqué par ma grand-mère, mais qu’il m’apparaît plus honnête de devoir souligner.

Joseph a 3 ans lorsque le neveu de Napoléon, Louis Napoléon Bonaparte, entreprend un soulèvement militaire préparé avec les officiers de la garnison de Strasbourg. Un soulèvement qui avorte dans un échec retentissant. Le culte de Napoléon Bonaparte était pourtant vivace en Alsace.  C’est un sujet qui donne des conversations animées autant dans les débits de boissons que au sein des familles.

L’enfant grandit en connaissant la forêt comme sa poche et en aidant aux vendanges. Le travail du bois, le fascine et c’est tout naturellement qu’il apprend, puis exerce, le métier de tourneur en bois. Un métier qui lui permet de réaliser de nombreux meubles pour ses enfants. Ainsi, sa descendance profite toujours, par exemple, de ses magnifiques fauteuils « Voltaire » aux finitions irréprochables, si caractéristiques du style « Louis-Philippe ».

Il a 30 ans quand il se marie avec la belle Caroline Dollé, le 6 janvier 1864 à Triembach-Au-Val. C’était un hiver long avec un froid  ininterrompu et qui était au mois de  janvier  5°  en dessous des normes saisonnières.

Le papa de Joseph est alors âgé de 65 ans et sa maman de 63 ans. Caroline quand à elle, a huit ans de moins que son mari. Le papa de Caroline est également vigneron mais est plus jeune que celui de son mari et il se prénomme Jean-Martin. Au Maire qui lui demande son age, il répond 53 ans. Quant à sa maman qui porte dignement le prénom de « Victoire », elle déclare qu’elle en a cinquante-cinq et est née avec le patronyme Brumbt. Les témoins du mariage sont tous vignerons ou épouses de vignerons. La fête qui s’en suit bat son plein.

De cette union naissent sept enfants. En premier lieu, vient une fille  le 5 décembre 1864 et c’est un prénom particulièrement tendance qui est choisi : Clémentine. Un prénom qui, de nos jours, évoque le Saint-Nicolas qui justement passait le lendemain. L’agrume du même nom, n’existe pas encore et si ce prénom est simplement le féminin de Clément, il est surtout celui de la princesse Clémentine d’Orléans, une femme médiatique et populaire.., d’une grande beauté !

Vient ensuite, deux années plus tard, le 10 novembre 1866, une autre fille appelée Ernestine. Le premier garçon du couple reçoit le prénom de son papa : Joseph. Il naît un hiver très froid alors que la température extérieure affiche – 25 degrés.., nous sommes le 6 février 1870. La troisième semaine du mois de Juillet Napoléon III déclare la guerre à la Prusse et en septembre les casques à pointes prennent Strasbourg. Pour ces derniers, c’est un juste retour à l’empire d’une ville « volée » par Louis XIV en 1648…

Au début de l’année suivante, le 26 janvier 1871, c’est l’armistice et le 10 mai, la signature du traité de Francfort avec la session définitive de l’Alsace et de la Lorraine qui laisse un goût amer à la population à qui on a pas demandé son avis. Bismarck avait, en effet, refusé la consultation des populations.

Anna  arrive le 25 juin 1872 en territoire annexé. Le 3 décembre 1874 c’est le tour de mon arrière grand-mère « Barbe » de voir le jour. C’est un mois très humide marqué par de bonnes précipitations, sous forme de neige mais aussi de pluie lors de trop brefs redoux.

Joseph, papa comblé, est invité au mariage de son petit frère Emil de douze ans plus jeune qui épouse le 24 janvier 1876 une des filles du couple Antoine & Salomé Schwab : la petite Stéphanie. Emil en fait son témoin . Joseph ajoute avec bonheur sa signature à l’acte de mariage et passe sa plume à Joachim, le frère que la petite Stéphanie a choisit comme témoin de son beau mariage !

L’année s’écoule doucement et en octobre, le 9, Martin, le dernier né, arrive pour ajouter au bonheur des parents et Charles clôt la liste des enfants du couple, le 12 octobre 1879 par un temps plutôt sec pour la saison.

Une famille des plus respectables dont tous les enfants sont élevés dans une foi en dieu et dans la plus stricte observance des rites catholiques. Tout va pour le mieux,  mais un drame survient quelques jours après Noël en l ‘année 1884. le 28 décembre, le petit Charles tout juste âgé de cinq ans décède.

C’est l’année précise où Clémentine, l’aînée, entre au couvent. Un enfant de moins dans le foyer, mais quel honneur d’avoir un membre de sa famille qui fasse profession de la religion ! Auparavant, Clémentine éblouie par un pèlerinage dans un lieu Saint en Alsace, s’était rapprochée de nonnes qui l’orientèrent vers la congrégation Divine Providence de Saint Jean de Bassel (à prononcer Bassle). On a évoqué Marienthal dans la tradition orale, mais il semblerait qu’il n’y avait, à cet endroit, que des moines pour cette époque. On peut imaginer, sans se tromper, que ce tragique événement a été l’objet de ferventes prières et qu’elle pensait probablement que Dieu dans sa bonté, imposait cette dure épreuve pour le bien du petit, rappelé à lui.

La famille Freymuth est aussi remuée par le soucis d’avoir un enfant à la croissance intellectuelle ralentie. Anna leur troisième fille née en 1872, est selon la tradition orale, un peu lente, cependant aucun document ne l’atteste. Clémentine correspond régulièrement avec sa famille qui est fière de pouvoir raconter, que leur fille au couvent, en cette année 1885, est devenue institutrice à Rohrbach lès Bitche , une commune de 982 âmes, dans l’arrondissement de Sarreguemine. Le décès du petit Charles a créé un vide et pour tenter de le combler, le couple décide alors de faire un enfant de plus. Toute la famille Freymuth, amis, voisins et connaissances sont rythmés par les informations que distille Clémentine dans ses missives. Le 16 avril 1887 est justement un grand moment pour elle, puisque cette date marque son entrée au noviciat.

Arrive enfin, le 28 mai 1887, un petit garçon, le dernier enfant du couple à qui l’on donne les prénoms de Alfred-Charles. Ils tentent de l’appeler par son premier prénom mais très rapidement, c’ est le deuxième qui est utilisé couramment. Le prénom « Charles » raisonne à nouveau dans le foyer. C’est l’année précise ou est fondé le carmel alsacien à Marienthal à quelques pas de ce qui deviendra officiellement en 1892 la Basilique « Notre Dame de Marienthal ».

La mémoire familiale dépeint Caroline comme une maman très stricte voire particulièrement dure et énergique. Une femme avec des principes, mais qui a toujours essayée d’être juste. C’est une famille ou il est connu que l’on n’y jure pas et ou le « qu’en dira t-on ?» revêt une importance particulière.Caroline, la bonne maman, est la première à succomber le mardi 9 juillet 1907, elle a 66 ans. C’est l’année où ; quelques mois plus tôt, est décédée la fille de Louis-Philippe Ier , cette Clémentine d’Orléans qui lui a inspiré le prénom d’une de ses filles!

Joseph son époux lui survivra 13 ans de plus et finit par s’éteindre le 14 mai 1920, un vendredi avec l’age honorable de 87 ans. Auparavant, il a souffert de la perte de sa fille Clémentine le 29 juillet 1913, cette dernière ayant contractée la tuberculose auprès de ses élèves, alors qu’elle enseignait à l’école du village à Siersthal avait finie sa vie dans la maison de Retraite St Joseph à  Saint-Jean-de-Bassel . Il a également été affligé par la perte de son fils Charles,(Alfred-Charles, pour l’état-civil), décédé l’année 1917 sur le front oriental, en Russie. il avait seulement 20 ans et son nom apparaît toujours sur le monument aux morts de 14-18, à côté de l’église Saint-Christophe à Triembach-Au-Val et c’est le prénom « Charles » et non « Alfred Charles » que l’on y découvre !

Alfred Charles sortait du collège Koeberlé de Sélestat (du nom d’un célèbre chirurgien de la commune, qui a perfectionné la pince hémostatique à cliquet) et était un excellent musicien de l’aveu de ceux qui l’ont connu.

Quand il était à l’armée, il correspondait avec sa famille en latin pour que les prussiens aient des difficultés s’immiscer dans les échanges privés.

Quand ce cliché a été prit, il convient à préciser que Barbe n’habitait déjà plus avec ses parents et qu’elle était seulement de passage pour récupérer des affaires. C’est sa maman qu’il lui a proposé de se joindre à eux après que la joie et l’insistance d’Anna a eu  raison de sa carapace . Le photographe est là, il faut en profiter pour immortaliser la famille. Le papa  très réticent,  acceptât de mettre un peu d’eau dans son vin.  Auparavant, il y eu une période de tensions.., elle était partie du foyer sans le consentement des parents puisqu’ils étaient contre l’idée de ce mariage  avec  Eugène Schwab dont ils ne voulaient pas entendre parler!

Dernière m-à-j:  12.04.2014

================================= Contrat Creative Commons

8 commentaires sur “Freymuth Joseph et Caroline Dollé

  1. jmg013
    12 avril 2014

    Excellent article ; l’histoire de la famille est bien détaillée.

    J'aime

    • wurtzele1
      12 avril 2014

      Merci, mais qu’est donc devenu votre blog « http://maioresnostri.wordpress.com/ »?
      On tombe sur un WP complètement vide en cliquant sur votre pseudo. C’est dommage que votre Gravatar ne soit pas plus renseigné pour que les visiteurs de mon blog, puisse également vous suivre.

      J'aime

      • jmg013
        12 avril 2014

        Merci pour votre question : j’ai dû faire une erreur en vous indiquant ma tentative sur WordPress ou alors c’est parce que j’utilise un compte WordPress pour mettre des commentaires sur le vôtre. En fait mon blog est sur Blogspot et son adresse est : http://maioresnostri.blogspot.fr

        J'aime

  2. jmg013
    12 avril 2014

    Au fait, sauriez-vous où on peut trouver des renseignements sur les Alsaciens mobilisés dans l’armée allemande en 14-18 ?

    J'aime

    • wurtzele1
      12 avril 2014

      Malheureusement, j’ai le même problème!

      On m’avait expliqué que les dossiers individuels des archives militaires, correspondant à cette période ont été détruits, l’ors du bombardement de Berlin pendant le dernier conflit mondial. Si ma mémoire est bonne, ce bâtiment était à Potsdam.

      J'aime

      • jmg013
        13 avril 2014

        Vraiment lamentable ! J’avais eu l’occasion dans le temps de rencontrer à Klingenthal (67) un cousin de ma grand-mère qui avait participé à la bataille de la Marne dans l’armée du Kronprinz. J’aurais aimé retrouver sa trace. Sans parler du grand-père de mon épouse (68) qui était, comme votre aïeul Charles, sur le front russe en 1916.

        J'aime

      • wurtzele1
        13 avril 2014

        Si vous avez des photos en uniforme, il vous reste la possibilité de les faire parler et de retracer, à défaut du parcours militaire, le parcours de son unité!

        J'aime

      • jmg013
        13 avril 2014

        Merci ! J’ai deux photos du grand-père de mon épouse en uniforme, dont l’une est datée et localisée. Je sais d’autre part qu’il était dans ce que les Allemand appelaient les « Pionier », l’équivalent du génie français Je compte rédiger pour mon blog des articles sur les nombreux membres de ma famille qui ont participé à 14-18 et j’attends le centenaire pour les publier.

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

Stats du Site

  • 102,819 visites

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 5 656 autres abonnés

PageRank
M6R-68

Member of The Internet Defense League

Stop TTIP !
%d blogueurs aiment cette page :