Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Joachim SCHWAB & Joséphine NUSBAUMER

*** Ascendance de Eugène SCHWAB***

Antoine et Salomé (Anton und Sàlmel) donnent naissance dans le Bas-Rhin à Triembach-au-Val, à leur quatrième enfant le 24 mars 1840. Ils l’appellent « Joachim » (comme le fils de Josias Roi de Juda), qui signifie « Yahvé a établi ».

Dans le milieu rural ou ils évoluent, la religion se conjugue au quotidien. Elle est partout présente et en premier lieu dans les cœurs de ces gens simples, honnêtes et droits. Salomé, née Klein est originaire de Saint-Maurice, une bourgade de deux kilomètres plus au sud et comme la tradition l’exigeait, c’est aussi là qu’elle s’est mariée. Elle avait 24 ans et Antoine 29, exerçait alors le métier de vitrier. Ce métier dans le Val de Villé, c’est évidement la nécessité d’être ambulant. Un emploi bien plus contraignant que ce que font ses homologues actuellement puisqu’il devait transporter son chargement à pied, découper et poser des vitres et vitraux bien plus fragiles que de nos jours. Il criait, chantait dans les rues pour signaler sa présence en espérant que quelqu’un ait besoin de lui.

Il était obligé de marcher parfois très longtemps avec un poids conséquent sur le dos car son activité ne permettait pas d’envisager un autre moyen de locomotion sur ces routes abîmées. Par ailleurs, il n’en aurait pas eu les moyens car le Val de Villé à cette époque là est économiquement dans une situation particulièrement pénible et bien que l’activité principale tourne autour de l’agriculture, il est des périodes d’extrême pauvreté ou la population a du mal à trouver une subsistance car un accroissement constant du nombre d’habitants complique la bonne gestion des stocks alimentaires et les prix flambent.

La richesse était morale et culturelle. Joachim, mon arrière-arrière grand-père grandit avec nombres d’histoires qu’il transmettra à sa descendance. Un récit que son papa tenait de son propre père et qui a traversé le temps jusqu’à mes oreilles,  via ma grand-mère maternelle et que je peux maintenant vous restituer bien imparfaitement, est celui qui concerne François, le papa d’Antoine.

Nous sommes en 1794 sous la terreur et François se rend à Strasbourg sur une carriole, avec d’autres jeunes de Triembach, pour regarder ce que la cathédrale, devenue « Temple de la Raison  », avait subie en outrages.  Il y découvre, aux environs du 5 prairial de l’An II, un volumineux bonnet phrygien en taule surplombant la flèche de l’immense édifice. Ce bonnet recouvert d’un rouge écarlate était évidement visible de loin. D’autant que les bras de la croix en haut de la flèche disparaissaient derrière des guirlandes métalliques et quatre drapeaux tricolores ornaient les petites tours avoisinantes. François appelait ironiquement cette coiffe «  A Kàffeewärmer » qui se traduit par «Un  réchauffeur de café » mais qu’il convient de prendre, comme la plupart des bons mots de notre dialecte, dans son sens imagé comme un appareil producteur de pression et d’énervement !

L’indignation était intérieure et la guillotine, jetait un froid sur les ardeurs contestataires car il avait réellement envie d’en découdre avec les responsables de cette hérésie. Ses copains partageaient la même envie mais fort heureusement il y avait également dans la foule, des « vieux » de Triembach qui les ont retenus en leurs rappelant, qu’il y a seulement 5 mois de cela, un Schwab Antoine de Brumath était passé à la guillotine. Seulement deux jours après Noël. Condamné à mort alors qu’il n’était pas et n’a jamais été un criminel !

Ce jour là, François comprit en son cœur que plus rien ne sera plus pareil, que l’émancipation de la société n’était plus un rêve et qu’il risquait fort de devenir un cauchemar. Un événement qui augmenta et donna de la consistance à sa ferveur religieuse ainsi qu’à celle de nombreux croyants. François était des jeunes qui ont entendus, le discours accompagnant la plantation de l’arbre de la Liberté devant l’actuelle mairie-école de sa commune. Cet arbre, qui depuis, figure sur le blason de la ville.

Quant à la flèche de la cathédrale de Strasbourg, elle fût décoiffée de son ridicule couvre-chef dès 1802.

Mais revenons à Joachim. Avec ses frères, il travaille les vignes familiales et apprend le dur métier de boulanger. Un métier avec des horaires de travail très contraignant mais qui le met financièrement à l’abri. Conscription puis appel sous les drapeaux, il est intégré dans le 18 ème Régiment d’infanterie de Ligne. Son numéro de matricule est le 1069 et il est mentionné dans un document militaire qu’il mesure 1 mètre 56 . Le 7 octobre 1868, il reçoit une permission jusqu’au 31 mars 1869 mais il ne se rend plus à sa caserne puisque quand il se présente à la gendarmerie pour réintégrer son régiment, l’officier l’informe qu’il se doit d’attendre dans son foyer l’époque de sa libération. Le gendarme consigne ces directives sur son autorisation de permission avec cachet faisant foi. Il est définitivement libéré de ses obligations dans l’armée Française, le 28 juillet de la même année.

Quelques préparatifs avec l’élue de son cœur et les deux familles , puis il se marie à la mairie le 22 novembre 1869 dans le même village qui l’a vu naître avec Joséphine qui est âgée de 24 ans.., lui en a quatre de plus. Trois jours plus tôt, un contrat de mariage, imposé par les parents, a même été signé par devant un notaire de Villé, Maître Freydt. Georges Nusbaumer, le papa de Joséphine exerce la profession de vigneron et est âgé de 64 ans quand il conduit sa fille devant le maire, un Nusbaumer lui aussi ! Sa maman Salomé, née Courtot affiche un an de moins. On dit de sa famille qu’ils ont perdu une particule mais aucun élément vient confirmer cette histoire.

Le 17 août 1870, quand arrivent les Prussiens, un régiment de 300 dragons, quelques uns semèrent la panique dans la population. Ils traversent les rues au galop et tirent partout à travers les volets en abattant les civils qui ont le malheur de se retrouver sur leur passage. Un écrivain public, fut à moitié décapité par un coup de sabre dans les vignes ou il avait tenté de se dissimuler. Au passage, ils font prisonnier le maire, un vieillard qu’ils traitent comme un chien en le rouant de coups. Ils l’emmènent avec eux et quand il perd son chapeau à Erlebach, ils lui interdisent de le ramasser ! On l’empêche de boire à la fontaine malgré la longue marche forcée à travers de nombreux dénivelés. Arrivé à Eichhoffen dans le canton de Barr ou l’on l’avait parqué dans une cour pour la nuit, il put enfin tromper la vigilance de ses gardes et s’enfuir.

Plus tard, Joachim apprendra qu’un oncle, Schwab François-Joseph qui, quand un officier lui a demandé son identité, a eu la présence d’esprit de ne donner que son deuxième prénom car il ne tenait pas vraiment être identifiable par une autorité qui lui inspirait beaucoup de méfiance. Il était parti pour acheter du tabac à St-Maurice quand il s’est fait interpeller en pleine rue. Comme il était déjà d’un age avancé, il ne pensait pas que l’on puisse se prendre à lui et a eu une réplique cinglante qui n’a pas été du meilleur effet sur le militaire de nature plutôt irritable. Pour toute réponse, il a essuyé deux coups de pistolets, à bout portant, sans le toucher ou presque car les grains de poudre le défigurent. Il reçoit plusieurs coups à l’arme blanche et perd beaucoup de sang.

Il avait pu se réfugier dans les hauteurs dans une baraque en pierres, un abri de berger. Sa famille ne le voyant plus revenir, part à sa recherche et apprend ce qui s’est passé. De là, il me semble que c’est une sœur qui le trouva et qui lui apporta les premiers soins. Paniquée, elle a envie d’appeler le médecin mais François-Joseph n’a aucune confiance en lui et refuse tout net. Quand l’état de santé devient vraiment critique, elle est apeurée et contre son avis, elle revient avec le docteur qui fait de son mieux.

Fait surprenant, il est arrivé à survivre presque 2 ans à ses blessures dont il ne s’est jamais vraiment remit  !

Le médecin de Villé, Docteur Duhamel, qui avait été sollicité de tous les cotés, en profitera pour immortaliser ces événements sanglants en les consignant dans un carnet à grands renforts de détails médicaux.

Avec une arrivée pareille, on comprend aisément que les villageois et en particulier Joachim avaient du mal à digérer la nouvelle nationalité imposée aussi cruellement.

Le premier enfant du couple à naître est une fille qui voit le jour le 3 août 1871 et est prénommée Marie-Barbe. Le second enfant est celui qui deviendra mon arrière grand-père, Eugène évidement, naît 1 an plus tard, le 17 Août.

En 1873, le 23 novembre, deuil et consternation le papa décède. Schwab Antoine avait 68 ans. Prévoyant, Antoine le vitrier, avait dès le début de l’année anticipé sa fin prochaine en convoquant à son domicile,Maître Freyd notaire à Villé. Pour l’occasion, il a fait venir de bons amis comme témoins de sa décision. Sébastien Reymann, tonnelier dans la même localité et Joseph Fritsch un cordonnier habitant aux alentours de la commune de Saint-Maurice étaient déjà présents quand le notaire fît son apparition.

Tout le monde se rendait compte que Antoine était fatigué et ces amis étaient un peu surpris car ils avaient été appelés pour un autre motif. Il explique à tous, la raison de son inquiétude. Sachant qu’il y avait parmi ses enfants 2 personnes dont les dettes étaient notoires, il tient à mettre sa chère Salomé, sa douce épouse, à l’abri d’une embarrassante situation des morcellements des biens du couple. C’est donc pour une donation entres époux que l’acte est dressé ce 31 janvier 1873 dans lequel l’usufruit gratuit est donné sur la totalité de la succession avec viager du mobilier et des capitaux mais sans les autres charges de droits.

Quand le décès survient, toute la famille était présente et c’est Aloyse un frère à Joachim qui effectue les dernières démarches et qui signe l’acte de décès avec en second témoin Nusbaumer Ludwig. Le maire de la commune est monsieur Munsch Martin, qui a remplacé au pied levé celui qui avait été obligé de fuir. La déposition est enregistrée, mais la douleur et le vide reste palpable. C’est Joachim qui est mandaté par son frère Martin pour le représenter avec tous les pouvoirs devant le notaire. La raison en est qu’il est dans l’impossibilité de se déplacer puisqu’il se trouve au même moment à Sétif en Algérie ou il est en garnison au troisième régiment des Spahis, premier escadron en qualité de Bottier.

L’année suivante, au mois de Janvier, Salomé, la maman, se rend chez le même notaire, pour renoncer à la donation entres époux et des arrangements qui conviennent à la totalité des enfants sont effectués avec eux.  Le 2 mars 1874, c’est au tour de Joseph de naître, puis Marie-Louise en 1876 qui sera le dernier enfant du couple.

Joachim décède le 3 avril 1903 alors que l’actualité était depuis 3 mois à la réforme de l’orthographe allemande, à l’âge de seulement 62 ans. Joséphine, sa tendre moitié, le suit quatre ans plus tard, le 3 mai 1907, elle a 61 ans. Les deux ont été inhumés dans le cimetière communal de Triembach-Au-Val.

Une version bien plus détaillée de l’histoire de cette famille est disponible pour les autorisés en suivant ce lien. Les nombreuses modifications et ajouts sont réguliers. Les dernières datent du 08.03.2016 et concernent les démêlés avec la justice d’un frère à Joséphine.

Un commentaire sur “Joachim SCHWAB & Joséphine NUSBAUMER

  1. wurtzele1
    12 octobre 2011

    Je souhaite narrer plus en détail la vie intéressante d’Antoine et Salomé dont je garde deux anecdotes sous le coude (que je n’ai pas su insérer içi sans perdre le fil de l’histoire) et évoquer la réussite de son entreprise après un début particulièrement difficile.

    Il me faut encore des passages aux AD du Bas-Rhin pour trouver son affectation militaire.., je ne dispose pour l’instant que du numéro qu’il a tiré à sa conscription.

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