Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Gervais KELLER & Madeleine MERTZ

Mackenh

Gervais Keller, est le deuxième enfant d’une fratrie qui en comporte huit. Son papa, dont le prénom est également Gervais, est un émigré allemand qui  est né le 12 octobre 1795 dans la commune de Wasenweiller district de Breisgau ou il fut baptisé dans la chapelle St-Vitus. C’est une chapelle connue  qui appartenait à l’Ordre Teutonique et le jour de la Saint Jean, il y venait cycliquement des cas atteints de Chorée ; c’est à dire de mouvements involontaires par exemple la  danse de Saint-Guy, l’épilepsie et d’autres affections neurologiques présentant ce type de symptômes .

On espérait ainsi obtenir, sinon une guérison, au moins une amélioration par l’intermédiaire des Saints invoqués. Vitus est le prénom latin que l’on traduit par « Guy » ; le fameux saint Sicilien, dont on rapporte une quarantaine de guérisons miraculeuses pendant le déplacement de ses reliques de Saint de Denis vers la Saxe!

Il rencontre Marie-Thérèse Goepfert d’environ 4 ans plus jeune que lui. Ensemble, ils auront un premier fils le 12 avril 1824 , un enfant illégitime, puisque né hors mariage qu’ils prénomment Vincent. Il se marie dans l’ancienne église Saint-Étienne deux mois plus tard à Mackenheim, le 24 juin 1824 en légitimant l’enfant.

Cette église avait subi les outrages de la Révolution française. Les biens de cette paroisse ont été vendus et les cloches ont été fondues pour fournir des canons à l’armée. Ce n’est qu’en 1799 qu’elle est finalement restaurée. De nos jours elle porte le nom de Chapelle Sainte-Marie. Elle a été débaptisée en raison de la construction d’une nouvelle église qui débute en 1864 puisqu’un accroissement conséquent de la population l’avait rendue nécessaire.

Dans sa commune d’adoption, il exerce la profession de cultivateur à une époque où ce métier était encore particulièrement pénible. Il sème à la volée, moissonne à la faucille pendant que sa femme confectionne les fagots. Le blé est battu au fléau.

Son emploi du temps est rythmé par le calendrier et sa surface cultivable est divisée en trois parties : un an sur trois, un tiers du sol est inexploité pour laisser la terre se reposer; un autre tiers est planté de blé d’hiver, semé en octobre ; sur le dernier tiers poussent des céréales semées au printemps, telles que l’avoine et l’orge.

Il travaille dur, très dur, et il est des années où ses champs sont inondés, d’autres où la grêle détruit ses récoltes, mais les agriculteurs habitués aux crues du fleuve sont solidaires.

Il avait également au fil des ans quelques animaux comme tous les agriculteurs pour produire un peu de lait de beurre et de viande.

Gervais, le papa à Félicité Keller, mon arrière grand-mère, est le premier enfant du couple à naître légitimement en pleine période des moissons, le 5 juillet 1828. Il sera connu comme Gervais junior (d’r junger). Il admire son grand frère Vincent (D’r Winzans, comme il l’appelle) qui lui apprend tant de jeux nouveaux.

Marie-Thérèse naît en 1828, puis vint le terrible hiver de 1829-30 avec 6 mois de neige conservée par des températures parfois sibériennes. Personne n’avait prévu les souffrances et les privations terribles que tout le monde devait endurer.  Les légumes stockés gelaient comme les barriques de vin. La choucroute et le navet confit, protégés par la saumure, étaient parmi les seuls aliments qui ne subissaient pas d’altérations.  Le stock de légumes secs s’épuisait rapidement. Les miséreux mouraient de tous côtés pendant que les animaux sauvages désespérés trouvaient le courage ultime de se rapprocher des habitations pour chercher abris et pitance dans les étables. Loups, renards, sangliers côtoyaient de près les humains pendant que le Rhin charriait des tonnes de glace.

Si cet hiver-là paraissait interminable et est resté gravé dans la mémoire de ceux qui l’on subit, le printemps qui s’en suivit était resplendissant, agréable et plus tard un été bien chaud s’est chargé de reconstituer les réserves.

La fratrie s’agrandit encore: Marie-Elisabeth en 31, Étienne en 1833 arrive en même temps qu’est mis en service le canal du Rhône au Rhin, Marie-Anne voit le jour en 1836, puis c’est le tour à Joseph en 39. Barbe qui vient en 1842 sera la seule enfant du couple à pouvoir fréquenter l’école des filles qui ouvre ses portes en 1846.

Le 19 septembre 1852 , une des digues du Rhin rompt et le village est entièrement inondé ! Gervais père a 57 ans. C’est une épreuve pénible, il en a vu des inondations, mais celle-ci est et restera la pire. Il y a tellement de maisons de détruites et emportées par les eaux (dont la sienne) qu’un tout nouveau quartier naîtra des décombres et qui sont surnommées le quartier Napoléon dont on appelle les habitations « Wàsser Hiessla ».

Tout perdre et recommencer à zéro quand on a presque 60 ans est une sacrée épreuve  qu’il essaye de surmonter dignement.

KELLER Vincent endosse le bel uniforme du 22e régiment d’infanterie légère. Le service militaire est, en ces temps-là, interminable : sept longues années !

Le malheureux « Winzans » avait tiré un mauvais numéro, car à cette époque c’est une loterie qui se charge de décider qui se présentera sous le drapeau ! Son matricule est le N°5590. Le septennat achevé, il rempile convaincu par les avantages présentés par ses supérieurs. L’armée avait de toute évidence un grand et urgent besoin de soldats expérimentés. Son régiment fait parti de la 3e division « Prince Napoléon » comportant outre son régiment, le 19e de Chasseurs, le 2e de Zouaves, le 3e d’infanterie de marine, et le 20e léger). Il est présent à Gallipoli, première étape pour lui dans la guerre contre les Russes et échappe au Choléra qui décime sont régiment.

constentinopleEn 1855, le 22e R.I.L est dissout et il devient, de ce fait, fusilier au 97e régiment de Ligne 1er Bataillon, cinquième compagnie dans l’ Armée d’Orient en pleine guerre de Crimée.

Pendant l’attente, toute la famille Keller essaye d’être confiante, d’autant qu’un enfant de la même commune vient de revenir avec quelques doigts de pieds en moins, mais vivants ! Il s’agit de Gutmann Jean-Georges, Soldat au 19° de ligne, né juste deux ans avant Vincent et qui s’est retrouvé avec les deux pieds congelés  dont il a fallu sectionner les 2 tiers des orteils !

La guerre avait commencé en 1854, la France et l’Angleterre d’un côté, et de l’autre la Russie, qui se préparait à s’emparer de la Turquie. L’objectif à atteindre pour le 97e est l’imprenable citadelle de Sébastopol.

Il enchaîne les combats et termine sa course dans l’hôpital de l’école militaire de Constantinople (Istambul-Turquie) le 24 mai 1855 dans un état très inquiétant. C’était mieux pour le moral des troupes de constater que l’armée soin de ses malades. Il y décède, très loin des siens, le 30 du même mois à 9hoo du matin des suites du Choléra à seulement 31 ans.

Les hôpitaux de Constantinople ne se désemplissent pas et au mois d’août on compte environ 8500 malades et on enterre le 34e médecin ! La cadence est infernale , aucun lit ne reste libre plus d’une heure !

L’annonce de ce décès tarde à arriver et quand il arrive, c’est l’effondrement. Toute une famille en deuil sans corps à enterrer. C’est la rançon des guerres.  Gervais Junior pour qui ce grand frère était un modèle se retrouve sans repères. Désormais, ce sera lui l’aîné , un honneur dont il se serait bien passé !

L’année suivante, 23 juillet 1856 Gervais Junior épouse une jeune fille de deux ans de moins que lui, que tout le monde dans le village appelle « SMàdla » (Madeleine) et qui avait bien du mal à surmonter la douleur d’avoir perdu son papa, un papa d’adoption , un an auparavant.

Madeleine partage avec, feu le frère aîné de Gervais, un point commun : Ils sont tous 2 des enfants naturels !

Le couple s’installe dans la maison qui a vu naître Gervais au 83 Untergass.

Madeleine, couturière de son état, est la fille de Vincent Mertz, un pêcheur veuf et de Madeleine Zaepfle et naît sous le nom de famille de sa maman, très précisément le 18 août 1828 à Dambach, mais est légitimé par le mariage de ses « parents » le  18 janvier 1849.

Gervais et Madeleine donnent naissance  le 10 janvier 1857 à une fille qu’ils prénomment Félicité.

Puis 29 décembre 1858, c’est un garçon, ils l’appellent Joseph. Le 21 mars 1860 encore une petite fille qui répondra au doux nom de « Virginie » qui épousera, plus tard Jules, un des fils de Xavier Bihler.

Quatre mois plus tard, c’est le drame et leur unique fils meurt le 27 juillet 1860 âgé de seulement 18 mois !

Deux ans plus tard, le  20 juillet 1862 un petit garçon naît , il est prénommé François, mais en second prénom, il hérite celui du frère décédé pour qu’il puisse quand même être un peu présent auprès des autres enfants. Malheureusement, il meurt le 9 mars 1863.., a 7 mois !

La même année le 27 novembre c’est au tour d’Émilie de s’ouvrir à la vie alors que les parents n’ont pas encore pu faire le deuil de l’enfant précédent.  Joseph ou François-Joseph, le souvenir est encore frais et il n’est pas aisé de jongler entre des sentiments contradictoires.

Le sort semble s’acharner sur cette famille puisqu’un troisième décès vient assombrir leur foyer : leur tout premier enfant meurt alors qu’il n’a que 8 ans le 16 mars 1865. Ça commence à faire beaucoup et une fois de plus, la même année voit arriver une naissance le 14 décembre 1865 ; un garçon appelé Théodore. Mon arrière grand-mère naît 22 mars 1867 au même moment ou dans le village se construit une synagogue et reçoit comme prénom celui qu’avait au préalable l’aînée décédée : Félicité. Elle est la première enfant à être baptisée dans la nouvelle église dont les portes se sont ouvert l’année précédente.

Le dernier bébé du couple est Madeleine qui voit le jour le 14 novembre 1869. Tous les enfants sont nés Français et entre le premier et le dernier enfant s’est écoulé très exactement 12 ans et 311 jours.

Ce que vous venez de lire date du 29.08.2011, Une histoire bien plus détaillée de ce ménage est disponible pour la famille et les autorisés en suivant ce lien: http://wp.me/P1OpIl-2b  dont la dernière mise à jour a été faite le 03.11.2012

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À propos de wurtzele1

Généalogiste amateur intéressé par l'histoire de l’Alsace et des alsaciens , qui par le biais de son blog, cherche à interpeller des cousins qui s'ignorent :-)

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Cette entrée a été publiée le 29 août 2011 par dans Keller, Mertz, Patronymes, et est taguée , , , , , , , , , , , .

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