Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Les républiques alsaciennes

Milices des Républiques de Strasbourg & Mulhouse et un Officier Français *

Nos ancêtres évoluaient dans des contextes politiques, économiques, sociaux qui méritent d’être connus, car ils nous dessinent la société dans laquelle ils vivaient et nous permettent d’entrevoir leur quotidien.

La révolution de 1789 avec un État fondé sur les droits de l’homme et du citoyen  était, en Alsace comme dans le reste du pays,  comparable à un ouragan qui annonçait bon nombre de changements radicaux  dont nous pouvons maintenant, avec le recul en dresser l’inventaire, mais, qui étaient alors source de tâtonnements et d’émotions contradictoires.

Le changement en Alsace est souvent vécu avec plus d’intensité qu’ailleurs, non pas en raison d’une sensibilité différente, mais de sa fréquence et c’est toute son histoire!

Les archives l’attestent, les Alsaciens du nord au sud, étaient confrontés depuis longtemps déjà à des valeurs et notions républicaines par exemple  dans la période du bas Moyen Âge, sous la coupe du  Saint Empire Romain Germanique   coexistait deux systèmes de villes « libres » où les gouvernements étaient élus par une partie du peuple et ou  des constitutions différentes changeaient l’organisation et le fonctionnement, d’une citée libre à une autre.

Il faut comprendre que la république est comprise en ces temps-là, comme indissociable du Saint Empire Romain Germanique ou d’ une autre forme de pouvoir la chapeautant. La Révolution française et l’abolition de la monarchie n’a pas réglé cette façon de concevoir la République puisque Napoléon Ier, alors Premier Consul, se couronne Empereur de la République française en 1804 et devient Roi d’Italie l’année suivante !

Ancienne douane de Colmar (1480)

Ancienne douane de Colmar  (1480)

La notion de république bien calée dans son contexte, on peut maintenant visualiser plus justement ces 10 célèbres villes libres de l’Empire s’alliant le 28 août 1354; une ligue dont les textes de l’époque donnent des noms variés, mais, que l’histoire a surtout retenue comme étant la  » Décapole ». Ces 10 villes libres étaient : Colmar, Haguenau, Kaysersberg, Mulhouse, Munster, Obernai, Rosheim, Sélestat, Turckheim et Wissembourg. Des petites cités influentes qui se promettaient  mutuellement secours, par les armes et entraides financières !

Haguenau, par exemple, gagne sa liberté en 1262 avant de devenir la capitale et le siège effectif de la décapole et en ce qui concerne la communauté économique de la vallée de Munster, c’est dès 1235 qu’elle se transforme en état libre de l’Empire.

La ville de Mulhouse adopte dès 1347 une organisation républicaine avec l’élection de son premier bourgmestre (C’est alors, une première version de cette alliance avec sept villes du Saint Empire en 1342).

Érasme (1469-1536) était ouvertement admiratif de la constitution républicaine d’une autre ville alsacienne, Strasbourg, ville libre du Saint Empire ne faisant pas partie de la décapole et dont l’origine remontait à 1482. Constitution qui bien évidemment, était loin d’égaler les hautes idées de la Révolution française.., mais tout de même!

La décapole, quant à elle,  victime de remous en raison de l’actualité politique subie des variations et est officiellement dissoute en 1378 par Charles IV, mais, dans les faits, continue d’exister puisqu’elle est reconstituée l’année suivante. Le pouvoir impérial ne réagissant pas, tout va pour le mieux.

De 1358 jusqu’en 1418,  Seltz devient également une ville de la ligue, la onzième.  Parallèlement, la « décapole » est alors à nouveau reconnue officiellement par Sigismond de Luxembourg. La maison palatine (alors grand bailli d’Alsace) s’empare de la ville de Seltz, la décapole pas assez puissante se résigne à cette perte.

Guerre des Six deniers       Plainte de Pierre de Réguisheim dont prend connaissance  Thuring III von Hallwyl

 L’alliance fonctionne bien, mais, la ville de Mulhouse du fait de l’affaiblissement de la décapole (suite à des litiges entre des éléments membres et à la guerre coûteuse pour libérer Turckheim), mais également de sa situation géographique excentrée, est obligée de s’allier avec la Confédération helvétique pour résoudre un conflit éclaté en 1466 avec en toile de fond, les Habsbourg: La « Sechs plapper krieg » ou guerre des six deniers qui opposa les milices mulhousiennes à Pierre de Réguisheim. Plus précisément, c’est en 1515 qu’est signé la nouvelle alliance la liant à la confédération des XIII cantons. La cité y gagne une indépendance quasi totale envers l’ Empire et le reste de l’Alsace.

La ville de Landau prend sa place dans la décapole qui sera officiellement dissoute en 1678 avec le traité de Nimègue et dans la foulée, Louis XIV créé les Chambres de réunion pour asseoir son autorité.

C’est seulement en 1798 que la République mulhousienne est contrainte de se rattacher à la France en raison de son enclavement datant depuis le traité de Westphalie et d’un  blocus douanier qui a étouffé son activité économique à partir de 1790.  La cité est à cette époque fortifiée et ne compte guère plus de 6000 âmes en majorité de religions protestantes. Après avoir réussi à négocier les modalités du traité, la République de Mulhouse est officiellement rattachée à celle de France, le 1er mars 1798. Mulhouse avait racheté sa liberté commerciale en sacrifiant son autonomie politique.

Proclamation

Manifestation place Kleber à Strasbourg, le 10 novembre 1918

Il faut attendre le 11 novembre 1918, pour que l’Alsace tout entière soit pour la seule fois de son histoire proclamée (bien que très brièvement), comme étant une république indépendante: La République alsacienne des conseils (Elsässische Räterepublik).

L’idée d’une autonomie possible avait germé dès le mois d’août.  Les manifestations avaient débuté le 9 novembre à Strasbourg et des conseils révolutionnaires se sont formés dans plusieurs villes. Le 13 du même mois, la cathédrale verra même flotter sur sa flèche, le drapeau rouge symbole du mouvement ouvrier.

Une indépendance perdue 10 jours plus tard, avec l’arrivée des soldats français qui prirent contrôlent de l’Alsace.  Cette période de l’histoire récente est souvent sujette à controverses et  varie selon les interlocuteurs de l’époque et les sources consultées.  Des images du service cinématographique de l’armée française, avec une interview du commandant Jacques Meyer  diffusée 12 novembre 1966,  donnent de cet évènement, la version officielle qui porte les projecteurs sur une autre interprétation et qui omet de mentionner  l’immense désillusion des Alsaciens quand ils eurent à subir la conduite de la nouvelle administration, sa politique de francisation qui enfante, entre autres injustices, une ségrégation sociale très mal vécue .

_________________

* Illustration des Milices (1639):

  1. Officier portant l’esponton et l’écharpe de la Milice urbaine de la République de Strasbourg.
  2. Femme de la bourgeoisie et son enfant. Costume des Strasbourgeoises de la classe moyenne.
  3. Officier supérieur du régiment de cavalerie de Rosen.
  4. Arquebusier de la Milice Strasbourgeoise.
  5. Piquier. Milice soldée de la Ville libre de Strasbourg.
  6. Porte-drapeau et drapeau des contingents de la Milice de la République de Mulhouse.
  7. Porte-étendard et étendard du régiment de cavalerie de Rosen. Groupe de Cavalier.

Sources:

  • Notre Alsace, Notre Lorraine N°10, eds française illustrée  -5 Juin 1919
  • L’Alsace, le pays et ses habitants, Charles Grad, eds Hachette -1909
  • L’Alsace au 17e siècle, Rodolphe Reuss, eds E.Bouillon -1897
  • Journal de l’Alsace des origines à nos jours, eds Larousse -2004
  • Le journal historique de l’Alsace, Tome 1, eds arc à Mulhouse -1974
  • Les sites internet officiels des communes concernées
  • Wikipédia
  • Costumes des régiments et des milices recrutés dans les anciennes provinces d’Alsace et de la Sarre, les républiques de Strasbourg et de Mulhouse, la principauté de Montbéliard et le duché de Lorraine pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, Eds Froereisen -1882
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À propos de wurtzele1

Généalogiste amateur intéressé par l'histoire de l’Alsace et des alsaciens , qui par le biais de son blog, cherche à interpeller des cousins qui s'ignorent :-)

Un commentaire sur “Les républiques alsaciennes

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