Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Alsaciens & Allemands d’Algérie [1]: les premiers colons

alsaciens partant pour l'algérie

En généalogie, aucune recherche historique n’est anodine. Il y a toujours un intérêt et dans l’immédiat, c’est principalement pour les patronymes CHOFFAT & SCHWAB qu’il me faille entreprendre des recherches sur la vie de ces Alsaciens de l’autre côté de la méditerranée. Pour le premier un imbroglio compliqué et passionnant digne des meilleurs romans et pour le second la vie d’un militaire Bas-Rhinois sous le drapeau français alors que l’Alsace est annexée. Malheureusement, il me manque encore des éléments pour tenter la rédaction de billets spécifiques et enrichir la chronique familiale de cette matière.  Qu’importe…

Dans l’autre pays des cigognes, l’aventure algérienne commence avec la demande écrite en 1827, des chefs de tribus berbères qui implorent la France de venir les délivrer de la tyrannie des Ottomans qui assèchent les ressources de leur pays. Le premier Alsacien envoyé est le général  Pierre François Boyer qui succède  à ses deux prédécesseurs Bourmont & Clauzel. Il y trouve un pays pauvre, désorganisé, des terres dans la direction de Blida dont de nombreux marécages rendaient  leur  gestion compliquée. Il administre  d’une main de fer l’occupation des lieux et partage avec le général Clauzel, qui est favorable à l’idée de la colonisation, sa vision de cette étape qu’il pense indispensable.

Les deux premiers villages crées  furent Kouba et Dely-Ibrahim et plus de 675 bateaux déposèrent 37 000 personnes en seulement une semaine au mois de mai 1830. Ce furent-là, les tous premiers colons. Nous sommes en fin d’année 1830 ou début 1831 (la date varie suivant les narrateurs), sur le port du Havre où un navire s’apprête à appareiller en destination de l’Amérique du Nord car, à cette époque l’on observe de nombreux mouvements migratoires en raison de la crise économique. A son bord, en grande majorité des Alsaciens, des Badois, des Wurtembergeois et des Suisses que des représentants de l’état arrivent à convaincre par des offres généreuses de concessions gratuites et d’aides financières, d’être dans la foulée redirigés vers l’Algérie. On les équipe gratuitement d’un fusil pour se défendre et l’on peut se plaire à visualiser les paysans labourant l’arme à l’épaule!

Cinquante familles d’origine allemande composèrent la première colonie à Dély Ibrahim.

On peut affirmer qu’il existait alors trois types de colons. Les plus désargentés reçurent 4 hectares de terre, les anciens militaires 6 et ceux assez riches pour y construire 10. Cependant, un faible pourcentage de ces terres seront cultivé, la majorité d’entre eux préférant vivre du commerce qui était bien moins contraignant, voire moins dangereux. Guy de Maupassant (1850 – 1893), dans son ouvrage « au soleil » dans la partie intitulée « La Province d’Oran », raconte:

Devant moi une femme, une vieille femme en jupe noire, coiffée d’un bonnet blanc, chemine, courbée, un panier au bras gauche et tenant de l’autre, en manière d’ombrelle, un immense parapluie rouge. Une femme ici! Une paysanne en cette morne contrée où l’on ne voit guère que la haute négresse cambrée, luisante, chamarrée d’étoffes jaunes, rouges ou bleues, et qui laisse sur son passage un fumet de chair humaine à tourner les cœurs les plus solides.

La vieille, exténuée, s’assit dans la poussière, haletante sous la chaleur torride. Elle avait une face ridée par d’innombrables petits plis de peau comme ceux des étoffes qu’on fronce, un air las, accablé, désespéré.

Je lui parlai. C’était une Alsacienne qu’on avait envoyée en ces pays désolés, avec ses quatre fils, après la guerre. Elle me dit:

– Vous venez de là-bas?

Ce « là-bas » me serra le coeur.

– Oui.

Et elle se mit à pleurer. Puis elle me conta son histoire bien simple.

On leur avait promis des terres. Ils étaient venus, la mère et les enfants. Maintenant trois de ses fils étaient morts sous ce climat meurtrier. Il en restait un, malade aussi. Leurs champs ne rapportaient rien, bien que grands, car ils n’avaient pas une goutte d’eau. Elle répétait, la vieille: « De la cendre, monsieur, de la cendre brûlée. Il n’y vient pas un chou, pas un chou, pas un chou! » s’obstinant à cette idée de chou qui devait représenter pour elle tout le bonheur terrestre.

Je n’ai jamais rien vu de plus navrant que cette bonne femme d’Alsace jetée sur ce sol de feu où il ne pousse pas un chou. Comme elle devait souvent penser au pays perdu, au pays vert de sa jeunesse, la pauvre vieille!

Un témoignage tardif, mais on imagine bien le choc du changement, les contraintes de l’adaptation et l’amère désillusion des colons!

Le général Clauzel après quatre années d’absence et le renvoi de Boyer jugé trop dur, revient en Algérie avec la charge de Gouverneur Général. Boufarik, un  troisième village  se colonise en entre 1835 et 38.

Le gouvernement redoublant d’ingéniosité pour freiner les mouvements migratoires vers les États-Unis, affine ses arguments dont le meilleur reste la durée du trajet. La méditerranée vs Atlantique, c’est un bon coup de communication qui portera ses fruits.

Parmi ces colons des protestants qui représentent entre un quart et un tiers de la population européenne . un recensement en 1867 permet de faire le compte suivant sur les 58 familles protestantes que l’on y dénombre: 21 sont alsaciennes, 9 originaires du Württemberg, 7 de la  Prusse Rhénane,  1 du pays de Bade, 1 de Nassau, 1 de Hesse-Darmstadt, 3 de Bavière, 5 familles suisses et 8 Français  de « l’intérieur » 🙂

La paroisse de protestante de Dely-Ibrahim révèle même son plus ancien colon en la personne de KEHRER Johann Jacob, originaire de Betzingen dans le Württemberg, mort à Dely-Ibrahim en 1845  à l’âge de 49 ans, et où il fut honoré d’un discours (en allemand et en français) prononcé au cimetière par le pasteur DÜRR Timothée Jacques de Strasbourg  devant de nombreux catholiques. Ce dernier était arrivé dans ce village l’année d’avant.

A suivre…

Sources & ressources :

 

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À propos de wurtzele1

Généalogiste amateur intéressé par l'histoire de l’Alsace et des alsaciens , qui par le biais de son blog, cherche à interpeller des cousins qui s'ignorent :-)

4 commentaires sur “Alsaciens & Allemands d’Algérie [1]: les premiers colons

  1. lamaisondesmarguerites
    2 novembre 2014

    Article très intéressant. D’autant que mes ancêtres, par ma mère, d’origine espagnole, sont venus vivre, à cette époque, en Algérie…

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  2. lamaisondesmarguerites
    2 novembre 2014

    Un lien que je consulte lorsque je recherche des infos sur mes ancêtres…

    J'aime

  3. wurtzele1
    2 novembre 2014

    Merci du commentaire. Pour le lien, je l’avais également mis dans le texte pour « KEHRER Johann Jacob » afin d’accéder à son acte de décès. Là pour le coup, votre lien sera plus explicite pour les lecteurs 🙂

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