Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

FREYMUTH Clémentine: Sœur Augustina

freymuthc1Je suis un neveu à la 3e génération  de Clémentine FREYMUTH puisque ses parents sont mes  ancêtres à la 4e génération.  Enfant, on m’expliquait que, par le passé, c’était une immense fierté d’avoir un membre de sa famille qui entre dans les Ordres. Il faut dire que la religion était omniprésente avec ses diktats. Une histoire déjà survolée dans la chronique concernant ses parents, mais qui là, est enrichie de la quasi-totalité des informations recueillies, en caressant l’espoir qu’elle sera peut-être complétée par des apports d’internautes qui descendraient de cette même famille.

Quelques lignes pour une vie et pour tenter de repousser les frontières de l’oubli…

L’histoire débute avec Joseph Freymuth, issu du milieu vigneron du Val-de-Villé, qui a appris le métier de tourneur sur bois et Caroline Dollé. Une union célébrée à Triembach-Au-Val pendant un hiver long et froid de 5° au-dessous des normes, le jour symbolique de l’Épiphanie, le 6 janvier 1864. Le premier enfant du couple naît, à la fin de la même année, le 5 décembre, un lundi tout aussi froid. C’est une fille, on la prénomme Clémentine.

A cette époque, l’agrume du même nom n’existe pas encore et c’est seulement l’une des formes féminines de Clément qu’il faille prendre en considération comme synonyme de bonté et d’indulgence.  En 1864,  quand on évoque ce prénom,  c’est surtout à princesse Clémentine d’Orléans que l’on pense, car c’est une femme particulièrement populaire, d’une beauté exceptionnelle. Il est plus que probable que le choix de ce prénom soit directement inspiré de cette personnalité.

Clémentine aura plusieurs frères et sœurs, dont Barbe,  mon arrière-grand-mère.

De son enfance, la mémoire familiale n’aura retenu que des brides insignifiantes qui résonnent comme des clichés: sa prédisposition pour la pratique religieuse et son goût à collectionner les images pieuses. La collection d’images pieuses concernait la majorité des enfants de son époque… Rien de bien original!

Clémentine revenait cycliquement dans les conversations qui ont bercé ma propre enfance, mais je n’en ai pas retenu grand-chose.  Mis-à-part, peut-être, la brève évocation, sous le ton de la confidence, d’une terrible déception amoureuse qui l’aurait convaincu de changer de vie. Évidemment, aucun élément factuel, ne vient étayer cette annonce, étant donné que les souvenirs, trop vagues, ne m’offrent aucune piste à creuser.

Toujours est-il que c’est en 1884, dans sa vingtième année, qu’elle pousse la grille du couvent et rencontre les « Schwestern von der Göttlichen Vorsehung (Les soeurs de la Divine Providence) » à Saint Jean de Bassel. Une vie nouvelle s’offre à elle, mais on ne devient pas « Sœur » sur un coup de tête. Aussi, un délai probatoire est nécessaire pour tester sa sincérité et son aptitude à ce cheminement si particulier.

Les principes de cette communauté fondée en 1762 près de Metz, par Jean-Martin Moyë, reposent sur l’abandon à la Providence, c’est-à-dire, Dieu; la pauvreté; la simplicité et la charité, tout en engageant un combat contre l’ignorance.., source d’une bonne partie de nos maux.  À ce titre, les Sœurs se dévouent prioritairement à l’éducation, à l’instruction: enseignement, alphabétisation, soutien scolaire. Elles peuvent s’occuper,  sous de nombreuses formes de la santé, d’actions sociales  et on peut les retrouver aussi bien auprès des malades que dans des maisons de retraites.

Devenir une nonne se fait en plusieurs étapes et dès l’année suivante, c’est à Rohrbach-lès-Bitche un village de 982 âmes, qu’elle se retrouve en 1885, comme institutrice à l’école communale en côtoyant une sœur et en ayant, de temps à autres, des aperçus de la vie communautaire dans le couvent. La période dite de « postulat » se termine et le 16 avril 1887, c’est l’entrée au noviciat. Le voile qu’elle porte est blanc.

Le 29 septembre 1890 : Première profession – Saint-Jean-de-Bassel,  elle porte enfin le voile noir des sœurs professes. Les religieuses portaient une guimpe, une coiffe qui leur couvrait la tête, les tempes et la poitrine.  La mentonnière qui a disparu dans ces années-là, elle la porte encore dignement.

Elle voit rarement sa famille, mais elle écrit beaucoup et dans les échanges de lettres avec ses parents où elle annonce passer quelques jours avec eux, son papa répond qu’il fera venir un photographe pour l’occasion. Une photographie qui a fait du chemin puisqu’en possession de ma grand-mère Charlotte Bihler (1897-1979) et qui l’a refilé dans les années 70, à une des sœurs de son mari, avant de me revenir sous un format numérique via sa descendance!

A ce propos, la mémoire familiale retient que sur cette photo, là où elle pose avec les siens, elle n’avait pas encore le droit de porter le voile noir ( à quelques jours près) et la croix qu’elle a à son cou a été prêtée pour l’occasion par la sœur avec laquelle elle était la plus proche et qui bien sûr, n’avait pas le droit de le faire.  Ce qui  de facto daterait , si je ne me trompe pas, l’événement dans une fourchette temporelle allant du premier au 28 septembre 1890. Au passage, cela  attesterait alors que sa sœur Barbe, pour mémoire, mon arrière grand-mère, était mineure quand elle a quitté  le domicile parental, puisque là encore un souvenir précise qu’elle n’était pas prévue sur le cliché et que c’est en venant récupérer des affaires personnelles, qu’elle aurait été invité par une autre sœur, Anna (que Clémentine soutenait de tout le poids que lui conférait son statut de religieuse )  à y figurer alors qu’elle était en froid avec ses parents.

1896 signe son engagement définitif dans la communauté.  Entre 1911 et 1912, c’est un grand retour dans son Bas-Rhin natal, dans un village qui compte 1400 âmes et où au numéro deux de la rue des écoles à Schirrhein, l’enseignante se rend indispensable.

Puis, entre 1912 et 1913, c’est toujours comme Institutrice qu’on la retrouve à Siersthal dans le Bitscherland. C’est un endroit particulier à deux pas de l’église se trouve une école de formation pour les religieuses enseignantes de sa congrégation. C’est là, qu’elle progresse et partage ses retours d’expérience, mais c’est malheureusement aussi le lieu où au contact et au chevet d’élèves malades au pensionnat, elle contracte, elle-même, le fléau du moment: la phtisie.  Pour ce faire une idée du taux de mortalité, cette année là, l’Alliance d’Hygiène sociale en congrès à Paris rappelle les statistiques de l’an passé:  sur 100 jeunes gens qui meurent entre 20 et 39 ans, environ 42 sont emportés par la tuberculose!

Finalement, le 29 juillet 1913, à seulement 49 ans, dans la maison de Retraite Saint Joseph de Saint-Jean de Bassel où sa congrégation prenait soin d’elle, elle rejoint l’Éternel et la famille prévenue doit se consoler en se disant que du haut des Cieux, elle veille maintenant sur elle!

Siersthal

Sources:

  • Transmission orale, Schwab, Bihler
  • L’archiviste de la Divine Providence

6 commentaires sur “FREYMUTH Clémentine: Sœur Augustina

  1. Elise
    1 février 2015

    Bravo pour ce très bel article qui réussit magnifiquement son objectif de repousser un peu les frontières de l’oubli🙂

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  2. venarbol
    1 février 2015

    Et « du haut des cieux », Clémentine doit être fort surprise, et certainement honorée, de faire l’objet de ce bel article.

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  3. Pierre Lagacé
    1 février 2015

    Quel bel hommage!

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  4. wurtzele1
    2 février 2015

    Merci à tous!🙂

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  5. jmg013
    4 février 2015

    Excellent article, vivant et bien documenté, qui nous rappelle l’importance que les religieuses ont eue dans la vie alsacienne.

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  6. ingenealogiste
    5 février 2015

    C’est un bien bel article et une initiative fort sympathique. Mêler souvenirs de famille et sources anciennes donne toujours de très beaux récits.
    Merci et bravo.

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