Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Illzach, sous la révolution

illzach2Illzach, est un village, d’environ 890 habitants, sous tutelle de la grande ville voisine, Mulhouse.  Le Bailli d’Illzach est par ailleurs, un conseiller municipal de la ville en charge de l’administrer. Les deux lieux sont passés à la réforme au XVIe siècle et la charge d’âmes appartient, de fait, à des pasteurs. Le temple en son sein, dont la grosse cloche fondue à Bâle en 1707, porte sur son flanc la roue, symbole historique de la ville Mulhouse en témoigne l’allégeance. Le village qui doit se plier à des règles contraignantes, est très tôt acquis aux idées révolutionnaires qui étaient débattues dans ses auberges et dans les foyers. Tout cela, bien avant d’appartenir à la France.  Les journaux, les voyageurs en furent les principaux promoteurs.  Les slogans qui avaient le chic de synthétiser la volonté égalitaire et  fraternitaire dans un vent de nouvelles libertés, plaisaient.  Une époque où seuls les bourgeois avaient le droit d’acquérir des maisons et des propriétés et étaient habilités à prétendre à une fonction publique.., les autres devaient s’acquitter d’une taxe annuelle pour avoir l’autorisation d’habiter dans le village. Les interdictions, comme l’imposition, étaient nombreuses, variées et pesantes.

Mulhouse, République helvétique, alors dans la tourmente d’une guerre de douanes destinée à l’asphyxier subissait une pression  qui n’avait d’autre but que de contraindre la ville à se rallier à la République Française, dans un exercice qui tenait , bien plus, du chantage. Les Mulhousiens étaient majoritairement hostiles à cette perspective. Kingersheim, Schoenensteinbach, Ruelisheim et Sausheim furent des postes de douane. Une période bénie pour la contrebande dont profitait directement les Illzachois.  Les contrebandiers se réunissaient dans les auberges & bâtiments,  qui plus tard en 1856 deviendront, sous l’impulsion d’Alphonse Koechlin (1821-1882), «l’œuvre évangélique d’Illzach en faveur des aveugles» puis,  l’«Institution des Aveugles d’Illzach».

Mulhouse, sous pression cède aux désidératas des Illzachois qui auparavant étaient assujéttis à cette ville fortifiée et qui maintenant, mènent durement la danse. Ils ne se contentent pas de petites réformes, ils recherchent une totale indépendance. Ils réclament en force ,une liberté générale afin de pouvoir commercer et travailler, comme bon leur semble, ainsi que la cession des forêts du ban de leur village.

En septembre 1796, de gros désaccords eurent lieu entre ces Monsieurs de la Ville et les habitants d’Illzach. Mulhouse a envoyé quelques bucherons abattre des arbres dans le « Hölzle¹ », mais les villageois se chargèrent d’eux en les expulsant. Ils prirent ensuite un arbre, le plantèrent sur la place du village, l’ornèrent de bandes multicolores. S’en suit une fête et des chants révolutionnaires. Les villageois essayent alors de saisir les autorités françaises pour trancher, mais elles ont consigne de ne pas réagir. Elle misent sur le pourrissement de la situation et sur l’essoufflement, pour conquérir la totalité de l’Alsace.

Les Mulhousiens cherchent alors les coupables  et identifient deux meneurs. Il y a Ulrich Riffendach d’Ensisheim et l’Illzachois Hans Scherrer.  Ces deux-là, furent contraint à l’exil pour une durée de 20 ans; d’autres, furent emprisonnés avec un régime pain & eau et  l’obligation de rembourser l’arbre abattu.

Mulhouse, le 10 pluviôse de l’an VI (le 27.01.1798) , cède comme prévu par les autorités républicaines en se ralliant à la France. L’acte d’annexion est lu et signé à 10 heures du matin par Jean George Gayelin, Peter Mayer, Conrad Weber et Hans Ulrich Steinbach. Par cet écrit, Illzach gagne son indépendance et tous les contrats les liants deviennent caduques.

Le  traité de rattachement à la république française contient 12 articles:

  • Article 1

La République française accepte le vœu des citoyens de la république de Mulhouse, celui des habitants de la commune d’Illzach et de son annexe Modenheim, formant une dépendance de Mulhouse et déclare lesdits citoyens et habitants Français nés.

  • Article 2

Le gouvernement français, pour donner une marque de son attachement à ses anciens alliés, consent à prolonger leur état de neutralité, et les dispense par conséquent de toutes réquisitions réelles et personnelles et du logement des gens de guerre, pendant la durée de la guerre, jusqu’à la paix générale.

…/…

  • Article 11

La république de Mulhouse renonce à tous les liens qui l’unissaient au corps helvétique ; elle dépose et verse dans le sein de la République française ses droits à une souveraineté particulière, et charge le gouvernement français de notifier aux cantons helvétiques, de la manière la plus amiable, que leurs anciens alliés feront désormais partie intégrante d’un peuple qui ne leur est pas moins cher, et dans lequel ils ne cesseront pas d’être en relation intime avec leurs anciens amis.

  • Article 12

Le présent traité ayant été lu ainsi que la traduction en allemand devant l’assemblée des habitants d’Illzach convoquée à cet effet, ils ont unanimement déclaré accepter le présent traité en ce qui les concerne, et ont nommé pour signer et ratifier en leur nom les quatre citoyens sousignés.  Fait à Illzach, le 10 pluviôse de l’an 6signatures

Les Illzachois heureux et fiers d’appartenir à un grand état et surtout d’être enfin une commune, fêtent 47 jours plus tard, l’annexion en grandes pompes.  Délivré du joug mulhousien, le village refuse formellement de s’insérer dans le canton de Mulhouse et opte pour rejoindre celui de Lutterbach.  Les exilés purent revenir et la page, définitivement tournée.  Les mulhousiens déçus, pouvaient quant-à-eux et cela pendant un an à compter de cette date, s’intaller en Suisse.  Ils disposaient alors, de trois ans pour liquider biens et créances.

Du reste, la commune de Mulhouse s’était montré très généreuse en faisant cadeau de maisons, de l’église, de l’école et d’autres biens.

illzachcassini

__________________________________________________________

  1. Ce qui reste actuellement de ce Hölzle

 

Sources et ressources:

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À propos de wurtzele1

Généalogiste amateur intéressé par l'histoire de l’Alsace et des alsaciens , qui par le biais de son blog, cherche à interpeller des cousins qui s'ignorent :-)

6 commentaires sur “Illzach, sous la révolution

  1. jmg013
    1 mars 2017

    Intéressant !

    Aimé par 1 personne

  2. alsaciae
    1 mars 2017

    Excellent article, bravo !

    Aimé par 2 people

    • wurtzele1
      8 mars 2017

      Si Illzach vous intéresse, j’ai également ajouté de nombreuses données dans la page Généawiki de cette commune.

      Aimé par 1 personne

      • alsaciae
        9 mars 2017

        OK Merci

        J'aime

  3. mascarenhas974
    1 mars 2017

    Bravo pour cet article. Je me demande combien de mulhousiens sont partis pour la Suisse.

    Aimé par 2 people

  4. wurtzele1
    1 mars 2017

    Je l’ignore… La Suisse dont-il était question était évidemment alémanique. La république de Genève, quant-à elle, sera annexée, peu de temps après, à la république française pour former le département du Léman !

    Aimé par 1 personne

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