Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

7 évocations d’un passé interdit

illuminati

Réalisé avec Deep Dream

Derrière ce titre volontairement provocateur, de vraies et profondes interrogations se profilent, mais je dois avouer que 7 évocations d’un passé peu glamour sonnerait quand même plus juste.  L’Alsace se présente dans un paysage mental, façon carte postale. Nous y visualisons les maisons à colombages fleuries, de jolies filles vêtues traditionnellement, une gastronomie renommée. Le tout rapporté par l’autochtone avec un dialectal accent qui pourrait, tout aussi bien, servir à dresser une meute de loups. 

L’Alsace est le plus beau coin sur terre, les Alsaciens sont les plus travailleurs, chrétiens et autres clichés bien vendeurs. Rien n’apparaît jamais à son désavantage, pas même ses défauts. 

On efface bien malgré nous de la mémoire collective tout ce qui nuirait à ce joli tableau et aux impératifs politiques du moment. Dans ce nombrilisme pervers, l’autocritique a-t-elle encore sa place? Elle m’apparaît nécessaire et salutaire. Du passé interdit au passé composé, voire recomposé,  je vais tenter vous entretenir de sujets que l’on ignore habituellement, mais qui font partie intégrante du vécu de notre région. Un billet qui ne fera qu’évoquer, de survoler ces thèmes , mais sur lesquels je reviendrais cycliquement, car ils puisent leurs sources dans mon vécu d’Alsacien; dans des histoires ou des faits qui m’ont été rapportées de diverses façons incluant la lecture d’alsatiques et sur lesquelles je m’interroge cycliquement.  Des dents vont grincer, ce sont des portraits déconcertants, mais sincères que j’offre à votre esprit critique.

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1-xlPatriotisme & Francophilie. La presse laisse entrevoir que l’alsacien est germanophile sous le drapeau allemand et francophile sous le Français et les minorités qui au mauvais moment sont dans le mauvais camp seront glorifiées à chaque changement de tutelle. Chaque camp expose une batterie d’arguments présentés comme irréfutables, cela n’empêche pas les Alsaciens de pester contre toute nouvelle administration qu’elle soit allemande ou française avec des critiques bien affûtées concernant des menaces pour ses intérêts. Après la Première Guerre mondiale, tout comme après la seconde, l’Alsacien a nettement plus peur de l’administration française que de l’Allemande en raison de son inaptitude à pouvoir s’exprimer sans interprète. Aujourd’hui, dans un jeu intellectuellement faussé, on considère que les Alsaciens se considéraient majoritairement comme français. Tous les témoignages visent obligatoirement  à  affirmer de cocorissimes convictions et si ce n’était pas le cas, ils seront relégués dans les rebus idéologiques d’une insignifiante proportion d’autonomistes forcément obtus. A fortiori, aucune place significative ne sera donnée aux idolâtres d’un Reich ou d’un autre et qu’une portion de la population ait pu être réellement antisémite est également interdit de suspicion. Inenvisageable dans une prison émotive où le choix se résume entre le bien et le mal.  De la même manière qu’en France, Pétain fit voter des lois xénophobes sans même que les Allemands le lui aient demandé,  nous devons ignorer tous ces Français ayant eu des convictions puantes à un moment donné de son histoire.  Il est interdit de noircir ou de brunir  un paysage mental représenté à la manière d’une carte postale par des statistiques inconvenantes.  Le regard sur le passé est foncièrement  idéologique, il ne doit pas être neutre. Évoquer ce passé, à fortiori s’il s’agit d’évoquer une germanophilie éveille des réactions pavloviennes immédiates, qui le place en première place de l’interdiction de citation. La recherche de la vérité est soumise à une volonté de bien et de beau. Nous sommes toujours les meilleurs, les plus beaux, le bien a triomphé nous avons beaucoup de défauts, mais jamais les pires qui doivent rester ceux de l’ennemi. Je n’ai pas la prétention de connaître les proportions exactes des différentes composantes idéologiques, je dis simplement qu’une chape de plomb et un malaise palpable empêchent de soulever le couvercle de l’histoire avec une armée de censeurs pour gardiens. À force de lire, de creuser l’histoire on se forge des convictions qui peuvent se révéler diamétralement opposées à tout ce que l’on a appris. Si je veux rester intellectuellement honnête, il m’apparaît maintenant évident que les Alsaciens n’étaient majoritairement ni francophiles ni francophones tout en étant attachés à certaines valeurs universalistes issues de la révolution. L’Alsacien s’identifie presque exclusivement à l’Alsace et à l’autre versant Rhénan et a conscience d’être un peuple de langue et de culture germanique. Comment est-ce possible? Avant la révolution, le français était l’envahisseur barbare, l’oppresseur. Pour s’en convaincre, si on n’est pas né dans une famille ayant pu transmettre cette mémoire, il  faut pouvoir laisser l’idéologie de côté afin de se concentrer d’une part sur les chiffres édifiants des dialectophones exclusifs au XVIII, XIX et XXe siècle (cela fera l’objet d’un billet) et de l’autre son histoire particulière qui précise qu’à l’issue de la guerre de Trente Ans, Turenne visage de la France, n’est qu’un sanguinaire boucher. Nous sommes si intimement liés au fleuve et à ses habitants des deux rives, que l’on peut également résumer ce fait avec quelques statistiques désobligeantes. Des stats¹ qui pourraient réduire en peau de chagrin ses inclinaisons tricolores supposées.  Bien sûr, on peut faire dire ce que l’on veut aux chiffres, mais ils existent et le doute avec eux.

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Anthropophagie. Un grand traumatisme issue de la période la plus sombre de notre histoire, à permis de poser un voile sur les côtés les plus obscurs de la guerre de Trente Ans qui suivant des estimations diverses, pas toujours très scientifiques, font état d’une perte de la population allant de la moitié aux deux tiers, soit par décès, soit par fuite. Dans le sillage de toutes les guerres, nous retrouvons l’occasion d’assouvir de sombres vengeances, des représailles. Avec celle-ci, les limites de l’horreur ont été largement dépassées. On raconte qu’une succession d’évènements, de plaies comme la peste, la pénurie alimentaire  extrême sur plusieurs années, pousse à des comportements d’une immoralité inouïe: vols avec violence, meurtres, extorsions de biens, à l’hémophagie, au cannibalisme ou à la nécrophagie.  La survie dépendait clairement de la capacité à s’affranchir de tous scrupules.  On imagine volontiers que l’on n’allait pas s’en vanter, cela laisse planer de sacrés doutes sur ces familles ayant survécu. D’ailleurs à ce sujet, j’ai trouvé quelques cas dans ma généalogie où à l’issue de cette période, l’ascenseur social transformait des individus de très basse extraction, en bourgeois nantis. Creuser cette période de l’histoire, peut donner aux Alsaciens une part active à l’horreur.., on ne va pas s’attarder là dessus, hein?

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Illuminati. Il est de bon ton dans les thèses conspirationnistes de citer en haut d’une pyramide invisible des marionnettistes supposés vouloir gouverner le monde: les illuminés.  Ce n’est pas un fait récent, déjà John Robison (1739-1805) était convaincu que les illuminés de Bavière s’étaient réorganisés après l’édit ordonnant la dissolution de leur association. Un réseau de personnalités issues de structures maçonniques l’aurait permis.  Quoi qu’il en soit, vous ignorez probablement qu’il y a des personnes qui pensent que l’Alsace a été un terrain de premier choix pour la rayonnement de l’illuminisme.  Pour l’historien Marie-Joseph Bopp (1893-1972), l’Alsace était littéralement infestée d’Illuminatis (sic).  Plusieurs écrivains mentionnent Frantz Michael Leuchsenring (1746-1827) comme principal représentant de cet Ordre pour le Dreyeckland.   Ce qui est certain, c’est qu’il a été initié à la Loge maçonnique Caroline zu den drei Pfauen (Caroline aux trois paons), à Neuwied, mais pour d’autres il n’apparaît pas crédible¹ malgré ses écrits troublants qu’il en fût un. Il est parfois présenté comme un agent secret de la République française², mais aussi, comme un jacobin notoire. Comme son nom reste difficilement prononçable à Paris, on le surnomme  monsieur Liserin. On raconte qu’il aurait infiltré la Franc-Maçonnerie pour en prendre le contrôle³.  Parmi les illuminati les plus influents, des noms circulent, nous trouvons à Strasbourg:  Jean-Frédéric Simon (1751-1821);  Hans Schweighäuser (1742-1830); Jean-François Ehrmann (1757-1839). Le plus célèbre reste Philippe Frédéric de Dietrich (1748-1793), premier maire de la ville, ami de Lafayette et accessoirement connu pour avoir été favorable à une monarchie constitutionnelle (comme son ami Rouget de Lisle). Certains auteurs pensent que son opposant historique, Euloge Schneider en était également un. Ce qui reliait tous ces gens, ce sont des convictions libérales et une philosophie résolument pragmatique qui caractérisent cet illuminisme (il y en a d’autres). Il est bien éloigné de la mode occultiste. Aux antipodes des délires sataniques que leur attribuent actuellement d’endoctrinés religieux, leurs plus violents détracteurs qui se plaisent à mélanger les genres. La doctrine de ce groupe est résumée par son fondateur: « Nous travaillons à restituer à l’homme méritant son salaire jusqu’alors arraché illégitimement; à rendre leurs forces aux faibles, à ceux qui sont tombés, les moyens de s’améliorer; aux méchants, leurs chaînes et à l’humanité, sa haute dignité« .  Ce n’est pas forcément plus encourageant, il y a une certaine forme de condescendance, un nouvel ordre mondial est bien présent dans les pensées (pas clairement évoqué contrairement à un nationalisme bien affiché) et dans les désirs de chaque supposé illuminé, mais il l’est également dans toutes les religions qui rêvent que leur système philosophique aboutisse à une paix universelle.   Une note intéressante d’un historien allemand fait remarquer qu’ à Strasbourg, la révolution ne visait pas des buts nationaux ou même territoriaux, mais purement maçonniques et humanitaires avec des arguments des plus convaincants³. Ils intéressaient bien plus la population par l’ universalisme philosophique affiché, alors  que d’ordinaire,  elle avait du mal à s’identifier pour des raisons historiques au peuple français. L’illuminisme Weishauptien est de nos jours encore fragmentairement présent dans de nombreux systèmes de pensée sans pour autant pouvoir y identifier ou démontrer clairement une quelconque hiérarchisation d’influence. Il n’existe aucune preuve que cette société secrète ait pu se réorganiser.  J’ai dans l’idée de consacrer un billet spécifique  à ce sujet ardu et passionnant qui mérite bien mieux qu’un simple encart même si aucun document ne peut corroborer une telle affiliation, il reste quelques angles à explorer qui peuvent avoir sinon un intérêt réel au moins son lot de surprises. Pour des raisons pratiques, il viendra à la suite d’un autre article, plus généraliste, sur l’histoire de la Franc-Maçonnerie en Alsace qui elle, en posera  les bases. Un sujet bien plus facile a traiter que le premier.

4-xlL’amaroli. Je lance cet encart comme une bouteille à la mer, car je n’ai connaissance d’aucun document d’archives qui traite de ce sujet précis. J’ai pu un temps recueillir des témoignages oraux essentiellement pour le Bas-Rhin. Mais les personnes ne sont plus de ce monde et je ne sais quel crédit leur accorder.  De quoi parle-t-on exactement? Ca coule de source, ni plus ni moins que de la pratique consistant à boire son pipi pour ses vertus thérapeutiques!  De nos jours, cinq millions d’Allemands boiraient leur urine pour se soigner et dans les années soixante, il existait encore des personnes vantant les mérites ces pratiques ancestrales dans le Ried à un moment où les journaux allemands relançaient le sujet.  Il y aurait eu, par le passé des villages particulièrement connus pour entretenir ces croyances pas très en accord  avec les standards du XIXe siècle qui a vu dépérir ces pratiques avec la révolution Pastorienne. Elle  a tordu le cou à la médecine historique.  Ces habitudes surprenantes avaient également cours dans de nombreux pays.  Ce qui est néanmoins certain, c’est que l’Alsace a été une terre de prédilection pour de nombreux alchimistes et que leurs pratiques furent connues de la plupart des érudits locaux.  Il est  dès lors évident que les travaux de Hennig Brandt (1630?-1692) ont pu marquer les esprits et donner une teinte « scientifique » à d’ancestrales usages. J’ai personnellement rencontré de nouveaux adeptes de l’urinothérapie, souvent proches de sectes et je recherche activement des traces concrètes dans des documents régionaux afin de pouvoir consacrer dans ce blog un article correctement étayé. En dehors de mentions orales, je n’ai absolument rien pu trouver. Les Alsaciens ont pris l’habitude de taire tout ce qui entacherait leur passé.  Quant-à l’efficacité de cette pratique, vous vous en doutez, elle  n’est absolument  pas démontrée par la science,  sauf dans un seul cas: vous blanchir les dents et lutter contre les caries à peu de frais si ce n’est au prix d’une haleine propre à évoquer des vespasiennes.

5-xlLa pédophilie.  Briser le silence sur ces pratiques ignobles est assez récent dans l’histoire de l’Alsace. On pense immédiatement aux représentants de l’église. C’est là, ce qui me semble réellement un grand tabou et  je ne connais aucun cas officiellement avéré pour tout ce qui touche les époques antérieures à mes parents. Cela ne veut pas dire qu’il  n’en existait pas, que l’on n’en parlait pas, bien au contraire.  Ces pratiques étaient connues, répandues et volontairement tues pour une raison que j’ignore et relégué à des chuchotements indignés que l’eau de vie révelait dans les soirées interminables.  Le représentant de Dieu sur terre pouvait être attaqué sur une foule de débordements , mais pas sur cela.  Tous les « vieux » les évoquaient, mais en parlant de comportements inconvenants, avec des mots moins imagés, moins  violents alors qu’habituellement l’Alsacien est une langue qui ne tourne pas longtemps autour du pot. Mon père, mes grand-mères, une partie de leurs amis et un grand-père pestaient assez régulièrement sur ces pratiques peu dignes de cette haute fonction qui fleuraient assurément sinon le vécu, au moins une connaissance par personne interposée. En ce qui concerne le pédophile profane, la presse ancienne laisse des traces. Parmi les victimes, il y a ceux qui reproduisaient à leur tour ces horribles comportements, parfois ajoutant à ce drame celui de l’inceste. Les exemples qui me sont parvenus par des témoins n’ont jamais été dénoncés.  Tout le monde savait, en préférant jouer à l’autruche et moi-même j’éprouve de grandes difficultés à exposer certains faits.  J’en parle avec prudence sur mon blog privé, sur celui-ci,  il m’apparaît très délicat d’apporter des exemples concrets.  J’ai interrogé beaucoup de vieilles personnes sur ce sujet et à mots pesés, il en ressortait les mêmes constats. On a bien du mal en 2017, de pouvoir refléter l’esprit d’une époque où cette déviance pouvait avoir un caractère presque acceptable, mais  avec des Cohn Bendit et des Frédéric Mitterrant qui évoquent le sujet avec une légèreté déconcertante, on comprend mieux la réelle mesure de la chose qui n’est pas absolument pas née avec la révolution sexuelle qui a juste su libérer la parole. En France, la parole s’est déliée véritablement au tout début du vingtième siècle, en Alsace cela a prit un peu plus de temps. Comme avec mon billet sur le racisme et la xénophobie,  il est difficile pour une personne n’ayant pas été confrontée à l’air du temps, de faire la différence entre notre vision idéologique actuelle et les réalités passées. Je n’essaye pas de grossir le trait, seulement de pointer du doigt une indignation moins tranchée qui m’étonne encore. Cela me fait penser aux interrupteurs obscènes du presbytère de la paroisse de mon enfance, un Jesus dont le contacteur savamment placé évoquait une erection quand la lumière était allumée.  Ils ont été changés depuis, mais une recherche avec google me permet de vous partager ce saut temporel.  L’interrupteur était juste plus blanc dans mon souvenir, mais laisse entrevoir la difficulté de cerner les standarts moraux de l’époque et je suis loin d’avoir un âge canonique.

6-xlLes habitudes alimentaires d’antan. Là encore, il y a une matière dormante qui n’est pas de nature à faire reluire notre vision si parfaite de l’Alsace. Saviez-vous par exemple que par le passé, il était de coutume dans notre région de ne pas laver les verres du quotidien? Chacun avait son verre et il était totalement inenvisageable  que l’on pût boire dans le verre d’un autre.  Seul l’invité avait un verre qu’on lavait.  Dans les tavernes les plus traditionalistes, chaque habitué avait également son récipient attitré souvent pendu au-dessus de sa place habituelle. Dans les années 1990, dans un restaurant alsacien très connu à Gap (05), j’avais encore rencontré, dans la partie brasserie où j’allais parfois, l’ancien patron qui continuait cette tradition familiale et avec qui j’ai échangé quelques mots en alsacien.  Ce n’était plus lui qui dirigeait,  son fils ayant repris l’affaire. Un nouveau serveur, ne connaissant pas cette pratique ayant malencontreusement lavé son verre, s’est fait vertement engueuler.  Par le passé existait également des boucheries canines et si en Allemagne, la dernière boucherie de ce type à fermé ses portes en 1940, de nos jours en Suisse on mange encore des chiens et des chats. Par le passé, l’on mangeait aussi certains insectes et même du munster bourré d’asticots. On peut également évoquer à ce stade, tout ce que les Alsaciens du passé ingurgitaient sous couvert de pratiques médicales. Il y a matière à rédiger plusieurs billets amusants.

7-xlLes pratiques païennes ce n’est pas un scoop, une majeure partie de nos us et coutumes actuels, j’en donne quelques exemples ici, et  (vous en trouverez d’autres sur ce blog), tirent leur origine dans des cultes antérieurs au christianisme. L’Alsace chrétienne est très mal à l’aise avec cette persistance résiduelle qui met en évidence un attachement profond à des croyances oubliées, que ni de trop nombreuses violences physiques et psychologiques ni une religion de substitution n’ont pu refréner. De nos jours encore, on tient absolument à mettre en évidence un christianisme entièrement accepté, que cette persistance rejette dans les faits. Prénoms, patronymes, toponymes, légendes, mais également dolmens, menhirs, tumulus, sarcophages, pierres gravées sont d’autant de témoins de ce passé étouffé. Un nombre incalculable d’églises se sont bâties sur l’emplacement précis d’autres cultes. Une religion chasse l’autre depuis la nuit des temps et une partie de ces pratiques, ont été la cible de chrétiens intolérants dans des procès en sorcellerie qui tiennent plus de sanglantes boucheries organisées,  que d’une véritable justice. À ce titre, il convient de citer d’r HaxaHàmmer, qu’un dominicain natif de Sélestat publie à Strasbourg et qui sera l’arme avec laquelle il cherchera à éliminer le paganisme et à asseoir une terreur autrement plus virulente et durable que celle émancipatrice de la Révolution qui a permis à cette religion orientale de se remettre sainement en question. Ce qui est appelé sorcellerie, n’est que la persistance de superstitions plus anciennes que le catholicisme a greffé sur son concept de culte du diable. Le cornu étant lui même un ancien dieu bien connu de notre region. D’autres billets très variés sont prévus pour rappeler la survivance de croyances celtogermaniques jusqu’au 20e siècle.  Un sujet aussi vaste englobe des thématiques conventionnelles, mais aussi certaines réellement inattendues, qui s’éclairent au travers d’éléments, qui hors contextes, resteraient insignifiants. Ce que j’en ai retenu, c’est que les éléments épars d’anciennes croyances antérieures au christianisme sont bien plus nombreux que ce que l’on peut raisonnablement imaginer.

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Conscient de l’impact de ce que j’écris, je sais que l’alsacien ne trouvera pas dans mon regard sur le passé une matière à gonfler son habituel chauvinisme.   Il y a probablement bien d’autres sujets qui auraient pu être exploités dans cette liste non-exhaustive, mais j’ai privilégié ceux qui m’interpellent le plus régulièrement.   Je n’ai pas les convictions des régionalistes, ni celles des nationalistes. Le doute m’anime.  Vous l’aurez compris,  le tout premier point évoqué est à l’origine de ce billet et de plusieurs autres (comme par exemple celui intitulé: »Alsace  terre de socialisme?« ).  On a tous conscience de choses qui clochent dans un passé que l’on a bien du mal à saisir, à fortiori quand on naît dans une famille qui s’exprimait très peu en français et dont le vécu réel faisait un pied de nez au baratin officiel.  Une question en amène une autre et par analogie, les mêmes processus se révèlent. Toutes ces interrogations qui  mettent en évidence que les Alsaciens d’aujourd’hui se voient amputés d’un passé pesant, d’histoires peu reluisantes, ne donnent pas pour autant un accès à une vérité différente de l’officielle. Là où le malaise et le silence règnent, il est difficile de récolter les éléments qui permettraient de donner un nouvel éclairage à nos interrogations légitimes. Je n’ai d’ailleurs pas la prétention de soulever un voile qui porterait à notre attention le véritable visage de l’Alsace, juste celui de montrer les limites d’un politiquement correct qui façonne, qu’on le veuille ou non, un paysage historique que l’on ne peut garantir comme réellement représentatif.  

Sources et ressources:

1)Patriotisme & Francophilie

  1. Statistiques concernant les dialectophones, francophones et germanophones à travers les derniers siècles.

3) Illuminati

  1. Les Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande, Paris,  Le Forestier René
  2. Histoire secrète de Strasbourg  eds Albin Michel, par Michel Bertrand
  3. Freimaurerei und Politik im Zeitalter der Französischen Revolution,  Rossberg Adolf.

Briefe von un an Frantz Michael Leuchsenring 1746-1827 ed. Urs Viktor Kamber .

 

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À propos de wurtzele1

Généalogiste amateur intéressé par l'histoire de l’Alsace et des alsaciens , qui par le biais de son blog, cherche à interpeller des cousins qui s'ignorent :-)

22 commentaires sur “7 évocations d’un passé interdit

  1. vegebon
    17 novembre 2017

    Bonjour,
    Votre démarche et la manière extrêmement objective avec laquelle vous présentez ces éléments font de votre billet – pour le moins atypique dans la geneasphere – une contribution remarquable.
    J’ajoute que vous démontrez un courage certain : les faits nus sont les ennemis naturels des idéologies de tout poil.
    Un très sincère bravo et un encouragement vif à poursuivre cette œuvre, contribuant à approcher le quotidien réel et non idéalisé de vos ancêtres. Les miens n’ont probablement pas beaucoup hanté ces contrées, mais comment douter que des réalités comparables, voire similaires, ne les aient caractérisés ?
    Bien généalogiquement,

    Aimé par 2 people

    • wurtzele1
      17 novembre 2017

      Merci pour vos encouragements.Pour les autres régions je ne puis me prononcer.

      J'aime

  2. Pingback: La face sombre de l’Alsace | velomaxou

  3. alsaciae
    17 novembre 2017

    Excellent article, bravo. Au sujet de la pédophilie, j’ai entendu dans la Vosge profonde « On sait qu’une gamine est vierge parce qu’elle court plus vite que son père »

    Aimé par 2 people

  4. wurtzele1
    17 novembre 2017

    Votre avis me touche au coeur, puisque vous aussi vous participez brillamment à déterrer un passé dérangeant et je sais que si nous ne pouvons être d’accord sur tout, au moins c’est la même honnêteté qui nous anime sur le vécu de nos ancêtres.

    Aimé par 1 personne

  5. chachashire
    17 novembre 2017

    Ho ben ça va, vous êtes comme tout le monde en Europe à peu prés. Mais bon chacun son style.

    Une question cependant : Est qu’il existe en Alsace, en Lorraine, un embryon, un reste de volonté de se gouverner, s’administrer soi-mème ?
    Et d’ailleurs Qu’est-ce qui differéncie tellement ces différents « pays » Alsace, Lorraine mais aussi Luxembourg, Rhénanie… ?

    Aimé par 2 people

    • wurtzele1
      17 novembre 2017

      Il existe des partis autonomistes, mais qui n’ont pas le soutien de la plupart des élus alsaciens qui sont bien plus obsédés par leur carrière politique et leur confort matériel. Il y a un passé et une culture commune dans les coins que vous citez ainsi que des récupérations politiques etc.. Sauf exception au niveau du peuple, souvent dans l’ignorance de son passé, il m’étonnerait qu’il puisse avoir majoritairement des visées autonomistes.

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      • chachashire
        18 novembre 2017

        C’est moins le passé que le futur qu’il faut avoir à l’esprit.
        Prenons par exemple l’Ecosse, avec le Brexit, la majorité plutot Européiste et sociale de ces gens, les écossais ou habitants d’Ecosse, vont se retrouver dans un état-nation conservateur libéral hors UE.
        Je suppose que si le statut spécifique, le concordat par exemple, de l’Alsace-Lorraine était remis en question par l’état français, avec des arguments qu’on entend à propos de l’Islam, alors les réactions seraient un peu différentes.
        En Bretagne où j’habite, et où j’ai quelques racines mais assez inconsistantes, revenir sur le colonialisme forcené de la 3ème république puis de la 4ème semble impossible (je ne vais mème pas tenter d’expliquer la complexité ethnolinguistique ; quand un breton vous dit « en Bretagne » demandez toujours ingénument, « quel coin en Bretagne ? »). Cependant une révolte unitaire s’est plus ou moins faite autour de la question de l’écotaxe telle que voulue par l »état français : à savoir la mème tarification pour tout le territoire, peu importe que certains territories drainent le traffic de plusieurs pays et de grands axes internationaux, tandis que d’autres forment une péninsule et donc ne drainent que leur propre trafic

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      • wurtzele1
        18 novembre 2017

        Vous dites: « Je suppose que si le statut spécifique, le concordat par exemple, de l’Alsace-Lorraine était remis en question par l’état français, avec des arguments qu’on entend à propos de l’Islam, alors les réactions seraient un peu différentes. ».

        Le concordat est loin de faire l’unanimité chez les Alsaciens sauf pour les plus religieux et quand on creuse le sujet avec eux, la majorité le confond avec le droit local. Personnellement, le concordat m’est aussi insupportable, qu’injuste et ne profite qu’à une caste qui me terrifie par son histoire, sa morale et ses références superstitieuses. J’en ai honte et ne le défendrais pas, alors que je suis disposé à me battre pour améliorer ou seulement conserver le droit local.

        Une grande partie des locaux ne savent pas de quoi ils parlent quand ils évoquent le concordat. En Alsace comme dans le reste de la France, on se plaît à vouloir ignorer le nombre conséquent d’agnostiques ou d’athées.

        Maintenant, de quoi parle-t-on quand on définit un homme par le nom de sa région?

        Personnellement, je me sens alsacien jusqu’au bout des ongles, une identité que pourraient me disputer ceux qui me reprochent que je n’entre pas dans le cadre de ce que devrait être pour eux un Alsacien…

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  6. malyloup
    17 novembre 2017

    moi aussi je salue le courage et l’objectivité de ce billet! merci beaucoup car il met en évidence des points qui existent un peu partout….dans le monde et qu’on se hâte d’oublier
    or reconnaître qu’on peut être ‘tout ça’ à la fois est le début de la ‘guérison’
    alors, oui, vraiment *merci* et au plaisir de lire la suite

    Aimé par 1 personne

  7. fransl
    18 novembre 2017

    Vous faire un commentaire serait trop long et n’enrichissait point votre billet (billet est réducteur). Vous connaissez mes sentiments.Cela valait la peine de prolonger la soirée pour vous lire, à une heure où l’esprit est disponible.Vous avez réveillé en moi quelques souvenirs de veillées, hélas disparues, où de bien plus anciens que nous effleuraient quelques aspects des sujets que vous abordez. Il le faisait avec la prudence qui convenait pour ne pas choquer, les plus jeunes. Je partage totalement vos écrits.
    Merci d’avoir retransmis sur votre site mon billet sur « L’Alsace alémanique ».
    Fransl

    Aimé par 1 personne

    • wurtzele1
      19 novembre 2017

      Avec mes courtes présentations, il est évident que je reste loin d’avoir fait le tour des sujets et d’épuiser mes arguments. . Le contenu toujours discutable, ne servant qu’à mettre en évidence notre faculté à occulter tout ce qui pourrait nuire à une vision idyllique d’une région ou d’un pays. Par contre, la complexité du point N°1 est de mettre en perspectives les aspects générationnels et circonstanciels (exaltations, déceptions) qui faussent toujours un tableau effectué dans une fourchette temporelle trop riche en évènements. L’aplanissement n’est pas chose aisée et mérite des remarques complémentaires ainsi que des ajustements. La notion de peuple ou de pays a été perçue différemment à travers les années et les lieux dans ce que nous appelons l’Alsace.

      Votre blog bien fourni en explications défend efficacement vos points de vue qui je n’en doute pas sont sincères.

      Aimé par 1 personne

  8. voyagersansguidenitablette
    19 novembre 2017

    bonjour,
    Elsass de ma jeunesse, découverte en 1975 lors d’un séjour touristique en kaki du côté de Colmar. Un peu longuet le séjour mais pas inintéressant puisqu’il permettait de voir jusqu’où l’obéissance pouvait conduire. Personnellement, mon seul fait de gloire fut de refuser obstinément une promotion insistante au grade de 1ere classe. Colmar et les rencontres faites alors que, tous les soirs, un patron sympa me laissait faire la manche dans son resto du centre ville, (« zum tiefen keller » que je peux bien dénoncer puisqu’il ne doit plus exister). Claude Rich, Roger Sieffer, un peintre local, des québécois, quelques belles de la région, les copains du comité de soldat, les heures de train pour rejoindre une amoureuse parisienne, ce drôle d’accent des alsacos (excusez -nous chers amis alsaciens), leur supposé ou réel affection pour les militaires, Bartoldi et le musée, sans oublier la redoutable efficacité du système militaire qui n’avait aucun mal à nous transformer en abrutis pour peu que nous n’y prenions pas garde. Je ne suis jamais retourné dans la région, même pas pour faire une dernière montée de cave chez un copain viticulteur de Soulzmatt pas plus que je n’ai eu l’envie de retourner voir une maison vaguement familiale à Rouffach. La région était pourtant à mon goût mais décidément la couleur kaki a tout gâché. Salut et comme il était alors écrit sur les affiches, « Hop la Fischer ! « 

    Aimé par 1 personne

    • wurtzele1
      19 novembre 2017

      C’est vrai que ce n’étaient pas les casernes qui manquaient et le prestige de l’uniforme est souvent un atout !

      En 1975, les Alsaciens dont je fais mention, exceptés les Schwàrtzwolfe qui commençaient à bien faire parler d’eux sont en majorité rentré dans le rang. Une période controversée d’une histoire impossible à sortir de sa naphtaline.

      C’est bien dommage que l’Alsace n’a pas su titiller votre curiosité, Rouffach est une ville au passé particulièremennt interessant.

      Oui, on a un bien drôle accent, ne vous en excusez pas, nous sommes capables d’autodérision.

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  9. L'Ornitho
    20 novembre 2017

    Ben dis donc 😉

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  10. voyagersansguidenitablette
    20 novembre 2017

    Ne voyez aucune malice dans ma remarque amusée concernant l’accent alsacien. Chacun a son propre accent, les parisiens comme les autres. Encore heureux que malgré l’impact de la télé et du parisiannisme obligé, ces accents subsistent. Tchuss !

    Aimé par 1 personne

  11. laconnectrice
    6 décembre 2017

    Bonjour, je ne connais pas l’Alsace ni les Alsaciens mais je trouve vôtre article très intéressant et applicable pour certains aspects à d’autres régions en France et dans le monde. Le paganisme en particulier est appelé ainsi par les chrétiens qui voulaient détourner les peuples de leurs traditions animistes dont le sapin est le vestige le plus connu. Le sapin célèbre le solstice d’hiver et la résistance de la nature au froid et à l’hibernation. Pour ce qui est du crochu Krampus et de Saint Nicolas, vous trouverez un article complet et instructif avec de belles illustrations sur http://maplumefeedansparis.eklablog.com/saint-nicolas-le-messager-de-l-hiver-a134048918
    Merci pour ce beau travail

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  12. Pingback: Histoire. Le passé interdit de l’Alsace. | Laconnectrice's Weblog

  13. Pingback: Juste une mise au point | Elsasser Wurtzle

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