Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

Jean Baptiste COURTOT 1771-1847

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Je suis un descendant à la 6e génération de Hans-Baptist via sa fille Joséphine. Il m’intrigue pour diverses raisons, mais principalement pour l’impression qu’il a pu laisser à mon grand-père maternel.  Ce qui suit est une collecte de matière préliminaire faite de documents factuels et de  ce que la mémoire familiale a bien voulu retenir.  Ce que je jette ici en attendant que de nouveaux éléments me permettent un travail, plus fouillé, plus sérieux, l’est également dans l’espoir de récolter peut-être via les internautes, une matière complémentaire.

Son père Joannis Jacob COURTOT (1729-1807) naît dans ce qui deviendra plus tard le sud du département du Haut-Rhin,  à Kestenholtz (Châtenois-les-Forges), à mi-chemin entre Belfort et Montbéliard.  Il s’y marie en 1750 avec Maria Anna MARCONOT originaire de Càppeltscha (la Chapelle-sous-Chaux), une bourgade située une vingtaine de kilomètres plus au Nord. En 1758, il est « commis au fourneau » aux forges de Châtenois-les-Forges. Il est reçu bourgeois à Belfort en 1769, il y devient directeur de forges.  Un homme important et reconnu socialement.

Parmi ses enfants outre Jean-Baptiste à qui ce billet est consacré, un de ces fils sera Lieutenant-Général de division dans l’Armée du Rhin et professeur de mathématiques dans le civil. Ce dernier sera même pourvu de la Légion d’honneur. La parenthèse est importante, sa position lui permettra, à un moment clef, de protéger son frère.

Jean Baptiste naît à Belfort le 24 avril 1771 et il grandit avec la double culture alémanique et française. Il est parfaitement bilingue.  À une date encore indéterminée, il entame, une carrière dans les Douanes. Il se marie le 27 Ventôse de l’An IX (19 mars 1801) à Hirtzfelden (68) avec une « Allemande » qui affiche onze ans de moins. Marie Barbe DIETZ ou plutôt DIEZ qui est dite native d’ Unterbalbach. Une localité qui faisait partie intégrante de l’ évêché de Würzburg jusqu’à sa sécularisation en 1803.  Ce qui est intéressant avec les Diez de ma famille, c’est qu’il y en a qui suivront Napoléon jusqu’en Russie.., mais c’est une autre histoire!

Jean Baptiste est stationné le long du Rhin à Artzenheim dès 1794. Il s’agit d’un poste de la Douane nationale créée en 1791 qui se compose d’un receveur, de deux lieutenants et un sous-lieutenant ainsi que de préposés plus ou moins nombreux par moments. C’est l’endroit ou naît, une année plus tard le 9 floréal an X, son premier enfant, qui se prénommera comme lui et pour lequel, un billet est également en préparation. Il y est baptisé  à l’Église catholique Saint-Jacques datant du XIIIe siècle. Jean-Baptiste est alors mentionné comme Lieutenant. Comme tous les douaniers, il est revêtu d’un uniforme vert finance qu’il a payé de sa poche.  Le surnom de ces hommes était alors « Griener Jager¹ » (chasseur vert).

D’Artzenheim, il se retrouve 70 km plus au nord où il devient Receveur des douanes nationales/Impériales à La Wantzenau vers 1803. C’est alors un village d’ environ 1600 habitants essentiellement composé de maisons à colombages comme il en existe un peu partout en Alsace.  Il s’agit d’un essentiellement composé de pêcheurs.  Chaque colis qui y transite y est plombé.  Chaque acquis à caution délivré pour assurer le passage des marchandises à l’étranger est déchargé par un préposé qui vérifie l’état de l’emballage, des plombs. Le receveur des douanes, quant à lui,  entretient la grande messe et immortalise ce passage avec un sens du devoir dans des registres d’entrées et de sorties de ces marchandises; comme le fait le curé dans les siens pour la naissance, le mariage et le décès des éléments de son troupeau.

Dans ce lieu, il y a l’église paroissiale Saint-Wendelin  et son  Presbytère où se trouve le tombeau du chevalier Wolfgang Dietrich Brandschied, mort en 1613.  Il a très probablement fréquenté l’auberge du cerf dont son propriétaire Antoine Wolff en 1793 eut la responsabilité de maître de poste et le relais de poste (remplaçant celui de Gambsheim) y fut installé jusqu’en 1833.  Les installations comportaient alors  l’auberge, les écuries, un logement pour postillons et un grand abreuvoir. Cet établissement existe encore de nos jours et est connu comme étant le restaurant « Au Relais de la Poste » avec ses poteaux corniers massifs qui le rendent très attractif.   

En 1807, il doit se résigner à placer son papa à hospice civil de Strasbourg où ce dernier décède de vieillesse à l’âge de 78 ans le 26 août 1807.  Vieillesse est le terme mentionné dans l’acte de décès, mais un petit regard sur la météo laisse entrevoir un mois caniculaire et particulièrement aride. À Strasbourg, cette année-là, de nombreux bourgeois boostent leurs revenus dans des activités illégales liées à la contrebande avec des marchands de Francfort et c’est seulement la saisie d’une « bernoise » verte le 30 octobre 1808 à la Wantzenau, qui conduit à découvrir qu’un certain Robin, un ingénieur des Ponts et Chaussées de l’Arrondissement de Strasbourg, est un maillon dans la chaîne d’un réseau qui s’alimentait outre-Rhin en marchandises. Ce Robin a entretenu des relations suivies avec certaines maisons de commerce strasbourgeoises. Lesquelles ? On mentionne Mermet et Prost, mais encore ? Robin fut muté, la commission de fraudes n’ayant pas récolté assez de preuves.  Une histoire, façon pétard mouillé, mêlant de nombreuses personnalités côtoyant des personnes influentes.

On raconte dans la famille, sans aucune preuve à charge, que Jean-Baptiste Courtot était un élément de ce réseau de contrebandiers et qu’il ne doit son salut qu’aux relations de son frère qui trouva les arguments pour étouffer un scandale qui n’arrangeait pas la nation. J’adore les ragots, qu’ils soient vrais ou faux, il serait idiot de les ignorer.

Il  aura eu en tout, six enfants dans cette commune, dont Salomé Joséphine COURTOT (mon sosa 51), avant que toute cette famille déménage à Triembach-au-Val probablement au cours de l’année 1815 alors que les armées d’occupation puisent largement dans les réserves alimentaires.  Sa femme y décède  l’année suivante en tout début d’année alors que le froid et l’humidité s’ajoutent à la disette.  En 1819, après un veuvage de  3 ans, 4 mois et 17 jours, il y épouse Anne Marie DILLENSEGER qui lui donnera encore deux enfants.  Dans cette commune, dans laquelle il devient le maire, il sera connu comme retraité des douanes nationales & vigneron.

Il me reste un bon nombre de sources à exploiter pour arriver à un résultat acceptable qui me permettrait d’en tirer une monographie sous la forme d’un cahier téléchargeable. Une vie bien chargée dans une fourchette temporelle aussi riche en rebondissements, cela vaut le coup de bien prendre son temps pour  éplucher un maximum de documents!

—Δ—

  1. Griener Jager: il existe encore, à divers endroits, des traces de cette appelation comme le restaurant le chasseur vert à kingersheim, lieu sur lequel vivait un retraité d’une ancienne douane destinée à assurer le blocus de la proche ville libre.

Sources:

  • AD68 & 67:  Etat-Civil 
  • La contrebande sur le Rhin, au temps du premier Empire par Félix PONTEIL dans  Revue historique -1935.
  • Douaniers, gendarmes et soldats à Artzenheim par Louis Schlaefli dans Annuaire de la Société d’histoire de la Hardt et du Ried N°5 -1992
  • douane.gouv.fr
  • Wikipédia
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À propos de wurtzele1

Généalogiste amateur intéressé par l'histoire de l’Alsace et des alsaciens , qui par le biais de son blog, cherche à interpeller des cousins qui s'ignorent :-)

6 commentaires sur “Jean Baptiste COURTOT 1771-1847

  1. malyloup
    24 novembre 2017

    j’adore toutes ces histoires et là d’autant plus que mon nom de jeune fille est….robin 😉

    Aimé par 1 personne

    • wurtzele1
      24 novembre 2017

      Merci. Ici, on prononce ce patronyme un peu comme les Anglais. Par ailleurs, on y trouve également le nom de famille Battmann, mais je n’ai pas encore réussi à les associer 🙂

      Aimé par 1 personne

      • malyloup
        24 novembre 2017

        Et quand tu vas savoir que j’ai été championne ……de tir à l’arc…..on est toujours dans le légendaire!!! Hihihi….bon départemental, le championnat 😉

        Aimé par 1 personne

  2. alsaciae
    24 novembre 2017

    Encore un article très intéressant. Bravo. Le transfert de la frontière sur le Rhin à bouleversé la vie de bien de gens. Qu’est il advenu de ceux qui faisaient la contrebande de sel avec la Lorraine ?

    Aimé par 1 personne

    • wurtzele1
      24 novembre 2017

      Merci. Je n’en ai pas la moindre idée, je ne me suis pas encore penché sur la question 🙂

      J'aime

  3. silviadeangelis40d
    5 décembre 2017

    Un articolo interessante, e di bella lettura, molto apprezzato
    Un saluto,silvia

    J'aime

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