Elsasser Wurtzle

Généalogie, histoire & chronique familiale

d’Lumpalitt

lumpenleute

Toute la société rurale  sous l’ancien régime était divisible en trois classes: la haute, la moyenne et la basse, ce « bas peuple » qui motive le présent billet.  L’aristocratie et les clergé se partagent alors la « légitimité » d’un pouvoir dominant auquel elles doivent se plier.

Tenter de se représenter la vie de nos ancêtres, ne peut se faire sans essayer comprendre ce que personnifiait concrètement chaque classe sociale que le métier trahissait.  Ces métiers donnent une image assez précise de la vie, entre guerres et fléaux, dans nos villages alsaciens.

Le niveau social le plus bas est qualifié en Alsace de « Lumpalitt (gens mal vêtus) ou plus récemment depuis Marx de « Lumpaproletariat » (prolétariat en guenilles ou sous prolétariat). Lumpa/Lumpen est  aussi utilisé comme une injure dans de nombreux mots composés. Par exemple Lumpasäckel*, Lumpahüer, etc.  Ceci dès la classe supérieure.

Tout au bas de cette échelle, nous avons:  le mendiant (d’r battler), la prostitué (s’Hüer), mais également le taupier (d’r Mülwalf’vernechter/Jager), le sarcleur (d’r Làndlajatter), le berger (d’r Schaafer), le bouvier (d’r Rendsknacht), le porcher (d’r Soïhert), le valet de ferme ou la servante ( d’r Bürrbua/Bürrknacht oder s’Màngdt).

C’est une classe qui est souvent réduite à solliciter l’aide de la communauté; à mendier au moindre incident naturel et il y en avait beaucoup et souvent: conditions météorologiques extrêmes, fleuves et rivières sortant de leurs lits, épidémies.. Tout ce qui provoque cycliquement des pénuries alimentaires.

Même les vanniers et empailleurs, que l’on classerait volontiers de nos jours dans  l’artisanat, en faisaient partie intégrante puisque pendant des siècles, une bonne part de la basse classe et de la moyenne savait travailler l’osier et se réservait cette occupation familiale pour la saison hivernale.

Ils sont tous dans l’incapacité de s’organiser, de se rebeller et ne peuvent que difficilement s’extraire de leur condition de dépendance.  Régulièrement abusés et dominés, la vie était des plus pénibles pour ces gens-là. Leur survie dépendait bien souvent  de la bienveillance de la haute classe, de l’aristocratie ou du système ecclésiastique. Une classe de vauriens accusée clairement de vivre au dépens des autres.

Il suffisait d’être malade un peu trop longtemps, d’avoir un accident, d’être estropié, d’être veuve pour démultiplier les risques de dégringolade sociale et s’offrir une place dans cette catégorie peu enviable.

 

 

Publicités

À propos de wurtzele1

Généalogiste amateur intéressé par l'histoire de l’Alsace et des alsaciens , qui par le biais de son blog, cherche à interpeller des cousins qui s'ignorent :-)

20 commentaires sur “d’Lumpalitt

  1. Eric Richard
    1 février 2018

    Je ne serai pas très original en relevant que cette condition des « basses classes » est tout à fait d’actualité. 😦

    Aimé par 3 people

    • wurtzele1
      1 février 2018

      Oui, s’il fallait transposer, ce qui caractérise cette classe aujourd’hui ce n’est pas tant la précarité, mais la résignation qu’il faudrait surligner. L’ incapacité à pouvoir se rebeller en est le marqueur le plus visible et concerne un éventail de métiers bien plus large que par le passé.

      Aimé par 3 people

  2. alsaciae
    1 février 2018

    Bravo pour cet article ! Quelqu’un m’avait fait remarquer qu’après un décès, le veuf ou la veuve de remariait en général dans l’année. S’occuper seul d’une famille était impossible pour les pauvres gens. Les familles recomposées ne sont pas un phénomène nouveau.

    Aimé par 3 people

    • wurtzele1
      1 février 2018

      Oui, ces remariages par nécessité étaient psychologiquement facilités, par l’expérience du premier mariage qui lui aussi était très rarement un mariage d’amour. Les parents choisissaient, parfois même dès la naissance, le futur mari de leur fille! Une histoire de survie, d’intérêts, d’héritage culturel en vigueur dans toutes les classes sociales. L’habitude a perduré après la révolution qui n’a profité que mollement à la plus basse.

      C’est votre billet sur la révision du code forestier ordonnée par le roi Charles X en 1827, qui m’a indirectement inspiré l’idée de ce billet. Un coup dur, pour les plus démunis ai-je pensé!

      Aimé par 2 people

      • alsaciae
        1 février 2018

        Le ramassage du bois mort en forêt a perduré au siècle dernier, surveillé par les gardes forestiers. Les gens souillaient de terre les branches cassées. Au retour, dans la charette, sous le tas de bois, un lièvre faisait parfois le voyage. Il fallait bien améliorer l’ordinaire.

        Aimé par 1 personne

      • wurtzele1
        1 février 2018

        Tout à fait, mais là nous étions sous les lois du Reischland. Pour le lièvre, à la sortie de l’hiver, c’était facile d’en attraper (wenn’r Steht) avec un simple bout de bois. Même à 1 mètre de distance de l’animal il ne cherche pas à s’échapper (trop faible?) et se tient immobilisé droit comme un « i ».., hop, un coup sur la tête et le hàsapfaffer améliore grandement l’ordinaire!

        J'aime

  3. alsaciae
    1 février 2018

    Se remariait. (mon logiciel m’énerve quand il choisit des mots à ma place)

    J'aime

  4. Toussaint
    1 février 2018

    Continuez. J’aime beaucoup vos explications. Cela montre la vie de mes ancêtres alsaciens. Je pense que pour les autres régions cela était identique. Mes ancêtres alsaciens sont originaires de: Mutzig, Dambach, Sélestat, Grendelbruch, Villé, Maisongoutte….

    Aimé par 1 personne

  5. malyloup
    1 février 2018

    oui comme dit dans les commentaires c’était pareil pour les basses classes dans toutes les régions et pas seulement en france, mes beaux-parents italiens (milieu de la botte) étaient logés à la même enseigne et dans le milieu agricole, oui ils savaient aussi travailler l’osier….
    oui, c’est hélas toujours d’actualité à la différence près que les plus démunis n’ont même plus le savoir faire manuel de nos ancêtres…….

    Aimé par 2 people

    • wurtzele1
      1 février 2018

      Oui ce savoir-faire était très riche: techniques de survie, connaissance de leur métier, de ce qui se mange dans la nature, de ce qui constitue des poisons, l’automédication, etc.

      Suivant l’angle d’approche pour définir cette classe (avoir ou pouvoir), ceux qui pourraient actuellement la représenter, ne sont plus les mêmes. Dans une société hiérarchisée, la précarité n’est que la conséquence extrême du manque de pouvoir de contestation avec ou sans guenilles… souvent sans!

      La société forge des larbins dès l’entrée dans la vie active par des lois liberticides et castratrices. Dans le milieu professionnel, les résignés qui prennent la défense de leurs bourreaux sont légion.

      Dans un prochain billet, je vais essayer de traiter des classes moyennes et là, l’analyse se complique par la naissance de l’avoir et du pouvoir. Une catégorie qui se rebelle cycliquement. Là aussi, cela devient compliqué à l’identifier si l’on la transpose à notre époque en se basant sur sa capacité de pouvoir et non d’avoir qui reste qu’une appréciation secondaire, une conséquence.

      Aimé par 3 people

  6. chachashire
    1 février 2018

    Je crois que c’est dans « c’est ainsi que les hommes vivent » que Pelot parle des charbonniers vosgiens : une classe encore en dessous puisqu’elle vivait dans les bois et forêt à fabriquer le charbon de bois ( si vous ne l’avez encore lu je vous conseille la lecture de ce livre extraordinaire ).

    Je ne trouve pas que les gens soient soumis par pauvreté, je pense qu’ils sont pauvres par soumission.

    Aimé par 1 personne

    • wurtzele1
      1 février 2018

      J’aurai eu tendance à mettre les charbonniers dans la classe moyenne …

      Aimé par 1 personne

      • chachashire
        1 février 2018

        Je suppose que ça peut dépendre aussi des « pays » et des époques. 🙂
        Il me semble que dans le bouquin les charbonniers s’apparentent plutot aux bucherons des contes.

        C’est en rapport au texte que vous citez en réfèrence. A la mème époque les « libéraux » anglais en profitent pour chasser les paysans des terres parce que les moutons rapportent plus ! OU je confonds ?

        J'aime

      • wurtzele1
        1 février 2018

        Dans toute l’Europe, c’était sensiblement la même chose. Pour les charbonniers que vous citez, il semble que ce soit exactement les mêmes. Ils avaient leurs rituels initiatiques… c’est en cela que je m’étonne que vous rangiez ce métier dans les basses classes. Je peux me tromper, je pense que nous sommes dans le même cas de figure que la maçonnerie opérative devenue spéculative. Pour vos moutons anglais j’ai perdu le fil., mais ce n’est pas grave puisque cela illustre très bien le fait que la pauvreté n’est pas l’élément principal qui caractérise la basse classe.

        J'aime

  7. wurtzele1
    1 février 2018

    C’est un livre que je n’ai pas encore lu, mais je me suis un temps intéressé au carbonarisme. Si je le trouve à la biblio, je compte bien le lire. Ce n’est cependant pas une classe en dessous, mais la même qui vivait en marge de la société. Ma liste est non-exhaustive et d’autres métiers y entrent encore.

    Pour la relation entre pauvreté et soumission, cela dépend quel est votre référentiel, le mien se fonde sur des données historiques. Les seuls cas où des « Lumpalitt » ont pu s’offrir un ascenseur social dans tout mon arbre (et de celui de ma femme), c’est à l’issue de la guerre de Trente Ans et concerne probablement des Yeniches qui effectivement se veulent insoumis et qui étaient à l’époque considérés comme de grands délinquants. Mon observation se forge sur le fait qu’il y a un rapport de soumission évident dans l’échelle sociale quand on la descend.., dans l’autre sens l’observation n’offre pas la même perspective!

    Le pouvoir dont il est question est alors clairement identifié comme une domination et l’aspect visuel de l’avoir.., qu’une conséquence non obligatoire pour cette définition 😉

    Le problème qui se pose pour transposer cette classe à notre époque est alors également un trompe-l’oeil. Par le passé la basse classe était celle des grands marginaux, mais cette qualification ne se base que sur l’avoir comme postulat de départ. Il me semble plus simple pour y voir plus clair d’effectuer cette transposition sur la notion de pouvoir qui rendrait cette observation obsolète.

    Une belle histoire de bons bergers et de moutons.

    J'aime

  8. L'Ornitho
    1 février 2018

    Working class heroes ? 😉

    J'aime

    • wurtzele1
      1 février 2018

      J’aurais aimé le dire, mais ce n’est hélas pas le cas. Ceux qui se rebellent dans un combat inégal font partie de la classe moyenne qui débutait avec les paysans. Un petit pouvoir que concède une bien fragile autonomie alimentaire. C’est le sujet d’un autre billet que je n’ai pas encore eu le temps de rédiger. Un thème à bien cerner et à bétonner avant de tenter de le passer au feu nourri d’éventuels contradicteurs.

      Aimé par 1 personne

  9. A JACOB
    7 février 2018

    Un billet très émouvant qui fait relativiser sur notre quotidien

    Aimé par 1 personne

    • wurtzele1
      8 février 2018

      Merci, je ne sais pas si ce billet permet de relativiser,mais je garde toujours à l’esprit le paysage social de l’ancien régime dépeint par Erckmann-Chatrian… ce passé vu d’en bas!

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

Member of The Internet Defense League

%d blogueurs aiment cette page :